Retour

"Il est important de donner envie aux jeunes de s’orienter dans les métiers du bâtiment et de la préservation du patrimoine."

Spécialité
Ravalement de façade
Ville
Paris (75)
Chiffre d'affaires
9 M€
Sommaire

Portrait

Nom
Mehdi Chamma
Entreprise
Bagnis
Fonction
Directeur d'activité

En résumé

Depuis plus de 80 ans, Bagnis œuvre à la préservation du patrimoine parisien à travers la pierre de taille, le ravalement et l'isolation. Intégrée en 2019 au groupe Eddifis (40 millions d'euros de CA, 11 sociétés, 200 collaborateurs), cette entreprise historique fait face aujourd'hui à un double défi : transmettre un savoir-faire d'exception tout en se préparant aux départs massifs à la retraite des prochaines années. Mehdi Chamma, directeur d'activité depuis novembre 2025, nous livre sa vision d'un métier exigeant, entre fierté du patrimoine rénové et mutations nécessaires.

{{text-image-right-1}}

Structurer une entreprise historique face aux départs à la retraite

Quel est votre rôle aujourd'hui chez Bagnis ?

Mon rôle consiste à structurer la partie suivi de chantier et toute l'organisation des travaux. Je prends aussi des chantiers en direct pour être au cœur du réacteur. Dans un second temps, je m'occuperai du développement commercial. L'enjeu de ce poste se situe à moyen-long terme : à horizon 5 ans, nous aurons des départs à la retraite, que ce soit dans l'équipe de bureau d'études, d'encadrement de chantier ou chez les compagnons. Il faut donc s'imprégner des fondations de l'entreprise, tout en insufflant une nouvelle dynamique.

Quels sont les principaux défis pour l'entreprise ?

Le premier défi est de préserver et de transmettre le savoir-faire. Il est important de donner envie aux jeunes de s’orienter dans les métiers du bâtiment et de la préservation du patrimoine. Le secteur a autant de besoin d’encadrants de chantier que de compagnons ayant un véritable savoir-faire. C’est pour cela que cette collaboration avec « Les Edificateurs » est importante pour nous.

Ensuite, l'autre défi c'est d'aller chercher de nouvelles parts de marché. L'entreprise s'inscrit surtout sur la rénovation du patrimoine parisien, et nous voulons nous ouvrir davantage sur les rénovations énergétiques globales. La force du Groupe, c'est d'avoir différentes entités : maçonnerie, couverture, plomberie. Nous pouvons proposer une offre globale, ce qui est essentiel pour les rénovations énergétiques.

crédit photo : © Basile Crespin

Des références prestigieuses sur le patrimoine parisien

Pouvez-vous nous citer quelques chantiers emblématiques ?

Nos clients sont à la fois des Institutionnels, des sociétés hôtelières, des Copropriétés et dans la grande majorité des cas nous travaillons sous l’égide d’architectes spécialisés.

Il y a quelques années, dans le cadre du concours « Le Geste d’Or » , nous avons reçu le Geste de Bronze du Grand Prix Métiers pour la restauration des façades  du  4-6-8-10-12-14-16 rue Caumartin dans le 9ème arrondissement de Paris. Un chantier remarquable sur plus de 100 ml dont 3 bâtiments sont inscrits aux Inventaires Supplémentaire des Monuments Historiques (ISMH), pour le compte de la société Société Foncière Lyonnaise

Le Geste d'Or est un concours qui récompense des réalisations d'entreprises du bâtiment pour mettre en valeur le savoir-faire sur ce type d'ouvrages. 

Nous avons également combiné notre double savoir-faire, en rénovant le SOHO HOUSE, Hotel de Luxe situé 45,rue la Bruyère à Paris 9ème, en réalisant les travaux de ravalement de façades, classées Monument Historique, ainsi que l’ensemble de la décoration intérieure grâce à notre entité LENZI, spécialisée dans la rénovation intérieure haut de gamme.

Nous avons également travaillé pour le compte de l’OCDE en rénovant les façades de leur bâtiment situé rue du Conseiller Collignon à PARIS 16ème sur une surface de plus de 2000m².

Pour ce qui est des copropriétés, nous pouvons citer à la fois deux très beaux immeubles en Pierre de Taille situés 11 et 16 Avenue de la Grande Armée à PARIS et une rénovation énergétique de grande ampleur que nous terminons à Aubervilliers.

Plus récemment, toujours avec notre entité LENZI, nous avons réalisé la décoration intérieure du restaurant Ducasse Baccarat, élu plus beau restaurant du monde par le Prix Versailles 2025 le 5 décembre dernier. 

crédit photo : © Basile Crespin

Combien de temps durent vos chantiers en moyenne ?

Un ravalement classique parisien dure 3 à 4 mois. Selon la nature des travaux, cela peut aller jusqu'à 9 mois ou un an de délai.

Entre patrimoine fragile et diagnostics minutieux

Qu'est-ce qui vous a donné envie de rejoindre Bagnis ?

C'est cette préservation du patrimoine. Nous nous en sommes rendu compte avec l'incendie de Notre-Dame : notre patrimoine est fragile et on y est attaché et il faut le préserver. C'est ce qui fait la fierté de ce travail : les avant-après. On intervient sur une façade très abîmée et on lui redonne son éclat. C'est pour cela que je voulais retourner dans le ravalement.

Comment se déroule votre expertise sur un chantier de patrimoine ?

Nous sommes souvent appelés par des architectes pour apporter notre expertise. Les architectes établissent le cahier de charge et s'appuient sur des entreprises de couverture, des plombiers, des ravaleurs pour avoir leur expertise. Si nous avons un doute sur le support, nous faisons des sondages. Nous récupérons un échantillon de la façade et l'emmenons en laboratoire pour analyser la peinture. Nous pouvons faire appel à des ressources extérieures pour bien comprendre la nature du support. À l'image d'une consultation médicale, la réussite d'un ravalement repose sur la précision du diagnostic initial. Identifier la source du problème est indispensable pour appliquer le traitement technique le plus adapté. Notre rôle est là. Par exemple, appliquer des systèmes d'imperméabilité sur des façades en plâtre a enfermé l'humidité. Aujourd'hui, nous travaillons à éviter de reproduire ces erreurs passées qui pourtant étaient prescrites par les maîtres d’œuvre et encouragées par l’administration.

crédit photo : © Basile Crespin

Paris et son obligation de ravalement tous les 10 ans

Il doit y avoir énormément de bâtiments à rénover sur Paris ?

Absolument, et il y a une volonté de la ville de Paris de ravaler les bâtiments tous les 10 ans. Cela concerne tous les bâtiments, même non visibles depuis la voie publique. Évidemment, tous ne sont pas faits dans les délais. Certains attendent, et il peut y avoir des injonctions de la mairie si l'état de délabrement est trop avancé. C'est aussi une chance que nous avons dans notre pays. Quand on voyage à l'étranger, on se rend compte que nos bâtiments sont globalement bien entretenus parce qu'il y a une pression des pouvoirs publics, comparé à d'autres zones du monde où ce n'est pas toujours le cas.

Les évolutions technologiques et le retard du secteur

Avez-vous vu le secteur évoluer avec les nouvelles technologies ?

Le bâtiment est en retard par rapport à l'industrie. Je viens de la menuiserie industrielle où les technologies des usines se rapprochent de celles de l'industrie automobile, l’intégration de robots ou d’assistance à la manutention pour éviter le port de charges lourdes.. Dans le bâtiment, on ne retrouve pas beaucoup d'exosquelettes ou ce type d'équipements qu'on peut voir dans les usines. Par contre, il y a eu de grosses évolutions sur les produits : ils sont plus respectueux de l'environnement, moins solvantés, plus à l'eau. Les isolations extérieures utilisent des produits en laine de roche incombustibles. Mais sur les chantiers en eux-mêmes, cela reste des métiers très physiques et très durs.

crédit photo : © Basile Crespin

Et du côté numérique et de l'intelligence artificielle ?

Nous commençons à intégrer ces solutions. Par exemple, nous pourrions faire des relevés de façade avec des drones. Le problème, c'est que le drone peut potentiellement voir à l'intérieur des logements, ce qui pose des questions de confidentialité. Nous réfléchissons à intégrer de l'IA, notamment sur des solutions de digitalisation pour améliorer la communication avec nos clients, nos sous-traitants et nos compagnons. Nous sommes notamment en train de déployer un logiciel de suivi de chantier afin d’améliorer la communication avec toutes les parties prenantes.

L'instabilité politique freine les décisions

Quelles sont les principales difficultés actuelles du secteur ?

Nous avons un contexte assez compliqué. Il y a la volonté de faire des rénovations énergétiques. Le patrimoine parisien ne s'y prête pas toujours, mais quand c'est possible, il y a des problématiques d'autorisation de la copropriété voisine pour surplomber leur bâtiment, car on va empiéter avec l'épaisseur de l'isolation. Il y a aussi les difficultés d'obtenir les droits d'échelle. Même si une copropriété voisine ne peut pas refuser, dans les faits, avoir les accès n'est pas toujours évident. Nous avons aussi un contexte politique depuis quelques mois qui provoque un certain attentisme. Cette instabilité politique et géopolitique ne favorise pas les décisions. Il y a une volonté de rénover, nous ne manquons pas de devis, nous avons des projets. Mais la prise de décision se fait attendre. Des assemblées générales qui devaient voter sont repoussées à la prochaine AG. C'est quelque chose que je ressentais déjà dans la menuiserie industrielle.

Vous avez donc moins de visibilité sur votre carnet de commandes ?

Nous avons moins de visibilité. Nous avons bon espoir puisque les demandes de devis sont là, les projets sont là. Mais il y a cette incertitude : est-ce que cela va réellement se voter ? Et une fois voté, il faut obtenir les autorisations, ce qui peut durer des mois et des mois. L'importance, c'est d'être structuré et d'avoir un socle de carnet de commande assez important pour faire face à ces décalages qu'on ne maîtrise pas.

Un positionnement haut de gamme pour se différencier

En peinture intérieure, nous nous positionnons sur le segment moyen à haut de gamme. Contrairement aux structures artisanales légères, dont les coûts fixes diffèrent des nôtres, nous apportons une stabilité logistique et financière indispensable aux projets d'envergure. Pour un ravalement de façade, notamment sur le bâti haussmannien, la solidité de l'entreprise est un gage de sécurité : nous maîtrisons l'installation d'échafaudages et le pilotage de chantiers longs. Cette expertise, couplée à une exigence de qualité constante, nous permet de maintenir un carnet de commandes solide et des marges stables, même dans un contexte économique exigeant.

crédit photo : © Basile Crespin

Une vision optimiste malgré le creux de la vague

Quelle est votre vision à 2-3-5 ans ?

Nous restons optimistes. Nous pensons vraiment être dans le creux de la vague et qu'il y a un besoin. La volonté est là. Il y a des échéances municipales, présidentielles l'année prochaine. Ces signaux nous laissent penser que cela va repartir. Le bâtiment, c'est assez cyclique. Il y a eu le post-Covid où les prix ont grimpé de manière exponentielle, pas toujours de manière très justifiée. Je pense qu'il y a eu un gros recadrage et que cela devrait repartir. Ce sont les entreprises qui auront su être solides dans cette période et qui auront su se structurer, comme nous le faisons, qui seront prêtes au moment où cela va repartir.

Quelle est la stratégie pour Bagnis et le Groupe ?

Pour Bagnis, c'est de conserver ce savoir-faire, de continuer à aller chercher de nouveaux clients, notamment des architectes et des syndics de copropriété. L'objectif, c'est de se développer beaucoup plus sur l'isolation extérieure et la rénovation énergétique. Au niveau groupe, nous allons nous appuyer sur les forces de nos différents métiers pour proposer des offres globales avec un seul conducteur de travaux coordonnant les travaux de couverture, menuiserie et ravalement. La stratégie passe aussi par des acquisitions externes pour solidifier le groupe et se donner plus de moyens.

"On ne peut pas remplacer le savoir-faire du chantier"

Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite se lancer dans le BTP ?

Mon parcours a débuté sur le terrain, et c’est là une étape fondamentale : pour diriger des travaux, il faut avoir éprouvé la réalité de nos compagnons. Je regrette qu’aujourd’hui, malgré l'essor de l'apprentissage, le succès soit encore trop souvent associé aux seules études longues. Pourtant, le pragmatisme du terrain est le meilleur terreau pour l’entrepreneuriat. Face à l’IA, notre métier possède une protection naturelle : si l'algorithme peut optimiser nos rapports ou fluidifier nos échanges, il ne remplacera jamais l’œil de l’expert face à un support, ni la main de l’artisan sur une façade. L’intelligence artificielle est un levier d'efficacité administrative, mais l’âme de notre métier reste humaine et concrète.

Un hommage aux équipes qui travaillent sous toutes les conditions

Un mot pour vos équipes ?

Rendre hommage à nos compagnons est pour moi une priorité. Ce sont eux qui, sous la pluie, le vent ou la chaleur, portent la réalité physique de nos chantiers. Mon rôle de dirigeant est de garantir que leur expertise ne s'éteigne pas : je veux qu'ils partent à la retraite avec la certitude que leur entreprise perdure. Cette transmission est au cœur de notre ADN, comme en témoigne le parcours de notre alternant en BTS Management Économique de la Construction. Malgré ses ambitions de conducteur de travaux, il apprend "à la base", sur le chantier. Je reste convaincu qu'on ne devient un excellent encadrant qu'en ayant partagé le quotidien et les difficultés de ceux que l'on dirige.

crédit photo : © Basile Crespin

Un parcours ancré dans le ravalement depuis l'enfance

Comment êtes-vous arrivé dans le secteur du BTP et plus particulièrement dans le ravalement ?

Je baigne dans ce milieu depuis l'enfance. Mon père a fait 35 ans dans une société de ravalement basée à Metz. C'est naturellement que j'ai suivi cette voie en apprentissage, avec une formation en alternance : BEP, bac pro et BTS études et économie de la construction. Mon père m'a fait rentrer dans l'entreprise où il travaillait. J'ai effectué 6 années d'apprentissage et je suis sorti conducteur de travaux.

Quel a été votre parcours ensuite ?

J'ai d'abord travaillé un an dans l'Est, puis je suis parti sur Paris comme responsable d'agence de l'antenne parisienne pendant 5 ans. L'entreprise a connu de grosses difficultés financières, ce qui m'a poussé à quitter cette société que je connaissais depuis l'enfance. J'ai ensuite complété mon expérience par 8 années dans la menuiserie extérieure industrielle. L'objectif était d'avoir une vision globale de l'enveloppe du bâtiment. Mais au bout de 8 ans, l'amour de la façade et de la peinture m'a rappelé. Je suis revenu dans ce domaine fin novembre dernier.

No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.

Faites reconnaître votre savoir-faire

Votre activité mérite d’être mise en lumière.

Inscrivez-vous et bénéficiez d'un shooting photo et d'une interview écrite.

Devenir un édificateur