Rémi, responsable d'exploitation chez Zigzag Signalisation, incarne cette nouvelle génération de cadres du BTP qui ont fait leurs armes dans les grands groupes avant de rejoindre des PME en pleine croissance. Après près de 10 ans chez Colas en tant que conducteur de travaux, il a basculé "de l'autre côté" pour rejoindre une entreprise qui était autrefois son sous-traitant. Aujourd'hui, il pilote l'exploitation d'une société spécialisée dans l'équipement de la route, où réactivité et service client sont les maîtres-mots.
Du béton abstrait à la route concrète : un parcours guidé par le terrain
Comment êtes-vous arrivé dans le secteur du BTP ?
Mes parents travaillaient dans la pétrochimie à Lavera et Martigues. J'ai toujours trouvé leur métier très abstrait. Moi, j'avais besoin de quelque chose de concret. Je suis assez cartésien, j'aimais les engins, les choses qui bougent. Je me suis donc orienté vers la construction sans avoir aucune famille dans le métier.
J'ai passé mon BTS Travaux Publics à Marseille. Ensuite, j'ai intégré une école d'ingénieur en alternance, l'École des Arts et Métiers, avec le centre de formation Émile Pico à Mallemort. J'ai fait mon alternance avec Colas de 2014 à 2017, ce qui m'a permis de mettre un pied à l'étrier et d'être quasiment opérationnel au poste de conducteur de travaux dès ma sortie d'école. D'ailleurs, j'encourage vraiment les jeunes à faire de l'alternance s'ils savent ce qu'ils veulent faire. Pour moi, c'est la meilleure école.
Comment s'est passée la transition entre Colas et Zigzag Signalisation ?
Après presque 10 ans chez Colas, dont 6 ans et demi comme conducteur de travaux à l'agence d'Istres dans les Bouches-du-Rhône, j'avais besoin de partir vers un nouveau projet. Je suis passé du VRD (Voirie et Réseaux Divers) au marquage routier et balisage. Je connaissais déjà Zigzag puisqu'ils étaient l'un de mes sous-traitants chez Colas. Je les ai rejoints en 2024 en tant que responsable d'exploitation.
Zigzag Signalisation : bien plus que des lignes blanches
Que fait concrètement Zigzag Signalisation au quotidien ?
Nous faisons du marquage au sol routier, c'est-à-dire toutes les bandes blanches, bandes jaunes, zigzags bus. Nous marquons la route pour la conformer à la partie 7 (marques sur chaussée) de l’instruction interministérielle sur la signalisation routière (IISR). Nous posons également des panneaux de signalisation : stops, cédez-le-passage, limitations de vitesse, interdictions, ainsi que des panneaux directionnels pour flécher les noms de communes. Nous intervenons aussi sur du marquage au sol provisoire pour accompagner les entreprises de travaux publics qui travaillent sur chaussée circulée, tout en garantissant la sécurité des usagers qui traversent le chantier. Nous faisons également du balisage de chantier et de la pose de mobilier urbain. En fait, nous intervenons vraiment à la fin, nous sommes les derniers à passer sur un chantier. Une fois le chantier livré, la première chose que les gens voient, c'est le résultat de notre travail.
Qui sont vos clients ?
Nous travaillons pour des entreprises de travaux publics qui travaillent elles-mêmes pour les collectivités, les donneurs d'ordre de l'État, mais aussi pour des entreprises privées. Ensuite, nous avons des marchés à bon de commande. Enfin, nous intervenons pour des petites entreprises privées qui ont besoin, par exemple, de refaire leur parking pour accueillir leurs employés ou pour les accompagner dans la sécurisation de leurs environnements de travail.
Sur quel territoire intervenez-vous ?
Nous travaillons dans la région PACA et dans le Gard. Nous avons quatre agences : Rognac, Manosque, La Seyne et Nîmes, cette dernière ayant ouvert en janvier 2026. Rognac est idéalement situé à environ 1 heure de chaque agence, ce qui permet une bonne centralité.
La réactivité comme ADN : un métier de service avant tout
Quelle est la principale différence entre votre expérience chez Colas et chez Zigzag ?
Chez Colas, nous avions un carnet de commandes plein à 3, 6 mois, voire 1 an. Colas avait 15 à 20 chantiers structurants pour l'année. Chez nous, nous avons 20 chantiers dans la semaine. Nos équipes peuvent travailler pour trois clients différents dans la même semaine. Cela demande beaucoup plus de réactivité. Notre métier, c'est un métier de service avant d'être un métier de travaux. Nous rendons service à nos clients en faisant du marquage au sol, de la pose de panneaux, du balisage ou de la pose de mobilier urbain. Les clients nous appellent 48 heures, 24 heures à l'avance, parfois même le jour même pour qu'on envoie une équipe. Nous offrons donc un service qui allie réactivité et rapidité tout en ne négligeant pas la qualité demandée par nos clients
Comment vous adaptez-vous au jour le jour ?
Nous avons cinq conducteurs de travaux, deux à Rognac, un à Manosque, un à La Seyne et un à Nîmes. Je les accompagne sur les chiffrages, les études, la programmation, la préparation de chantier, l'établissement du chantier et la réception client. Je fais aussi beaucoup de commerce. Je vais voir de nombreux clients pour être au courant des sujets et être présent à leur cotépour les aider sur leur problématique et leur apporter des solutions. Si nous n'allons pas voir les clients, nous n'avons pas de commandes. Il n'y a rien d'acquis. Une fois qu'on a fait un chantier, le client peut aller voir quelqu'un d'autre. Nous n'avons pas d'accord prédéfini.
Se différencier par la certification et l'innovation
Vous êtes en cours de certification pour la fabrication de panneaux. Pourquoi cette démarche ?
Actuellement, nous achetons nos panneaux en produits finis chez un fabricant français situé à Rennes, donc pas tout à côté. Le facteur transport est très important. Pour être une vraie société de service, nous devons avoir les produits sous la main pour répondre aux besoins du client. La semaine dernière, nous avons passé l'audit pour devenir centre secondaire de finition panneau, certifié par l'organisme Ascquer. Nous recevrons des tôles et des films adhésifs que nous assemblerons dans notre dépôt à Rognac pour fabriquer des panneaux à la demande des clients.
Cette certification est-elle complexe à obtenir ?
C'est assez compliqué car il faut mettre en place de nombreux critères prédéfinis. Il y a un manuel qualité à tenir à jour. Il ne s'agit pas seulement du savoir-faire d'appliquer un film sur un panneau, mais de toute la traçabilité qui est vraiment importante aux yeux de la norme : suivi documentaire, suivi de fabrication des matières premières, suivi des anomalies. Cette démarche nous a pris environ une année de préparation. Elle nous apporte une rigueur énorme qui se répercute ensuite sur tout le reste. Même si nous sommes dans une PME où il y a beaucoup moins de process que dans un grand groupe, il est important d'en avoir pour ne pas faire n'importe quoi. Cette certification est un bon outil pour apporter de la rigueur dans ce que nous faisons.
Quel est l'objectif commercial de cette certification ?
Depuis début février, nous avons recruté une commerciale qui s'occupe du secteur négoce, c'est-à-dire de la vente de panneaux aux collectivités. Le but de cette certification est de récupérer des marchés qui nous permettraient d'avoir des parts de vente de fourniture. C'est un nouveau pan de notre métier qui va nous ouvrir des marchés que nous ne prenions pas du tout avant parce que nous ne voulions pas simplement faire boîte aux lettres.
Quels sont vos trois principaux défis aujourd'hui ?
Le premier défi, c'est créer un environnement de travail sain et agréable. Nous avons un certain turnover, notamment aux postes de chef d'équipe et conducteur de travaux. Le bien-être au travail est très important pour nous. Nous faisons un métier qui n'est pas simple, surtout parce que nous travaillons à l'extérieur l'hiver, dans le froid, sous le vent, parfois sous la pluie. Travailler dans la bonne humeur est primordial pour que les équipes travaillent dans de bonnes conditions. Notre métier est rude, il est important que les personnes se sentent bien.
Le deuxième défi, c'est d'avoir suffisamment de chantiers pour passer cette année 2026 qui va être assez compliquée. Au gouvernement, les décisions tardent à être prises sur les budgets. Nous nous attendons à une baisse d'activité. L'important est d'essayer de garder nos positions et de récupérer des chantiers.
Le troisième défi, c'est la relation client. Pour moi, c'est presque un état de jouissance quand le client est content de ce que tu as réalisé, que tu as été là, présent pour répondre à son besoin. Chez Zigzag, c'est encore plus important parce que si tu ne rends pas service au client, il te zappe. C'est d'abord rendre service au client, ensuite bien sûr lui faire un chiffrage correct. Mais si tu ne rends pas service au client, tu n'auras pas de chantier derrière.
Utilisez-vous des outils numériques ou l'intelligence artificielle ?
Nous utilisons un logiciel qui s'appelle Pro Chantier. C'est la vie de notre chantier, de l'établissement du devis jusqu'au paiement du client. Tout est géré là-dedans : imputation des dépenses, rapports de chantiers avec les heures du personnel et du matériel, livraison des fournitures, création des bons de commandes. C'est un logiciel externe que nous payons tous les mois, avec un SAV disponible en cas de besoin.
Concernant l'IA, au premier abord, je n'aime pas trop parce que ça me fait un peu peur qu'il y ait quelqu'un d'autre qui réfléchisse pour nous. Ce serait mentir de dire que je ne m'en sers pas, notamment pour créer une fiche de poste ou un courrier de réponse. Je trouve que ça fait gagner du temps, ne serait-ce que pour la mise en forme. Mais je m'en sers très peu, plus en personnel que dans le monde du travail. Ce n'est pas quelque chose que nous envisageons de déployer dans l'entreprise pour l'instant.
Des chantiers qui marquent : de l'aéronautique aux autoroutes
Y a-t-il des chantiers qui vous ont particulièrement marqué ?
Chez Zigzag, ce qui me marque, c'est de travailler sur autoroute fermée à la circulation pour faire du marquage. C'est assez impressionnant. Ou travailler sur chaussée aéronautique, sur des aéroports militaires. Il y a des spécificités importantes : il faut respecter des normes précises sur les largeurs de bandes, les modules, les espaces de plein et de vide. Dans les aéroports, ce sont les quantités de marquage. Il faut que le marquage soit visible d'un avion qui atterrit, donc les marquages sont très larges.
Pouvez-vous nous parler d'un chantier emblématique récent ?
Nous avons réalisé une campagne de marquage au sol pour tous les passages piétons d'une ville. Nous avons refait environ 200 passages piétons et une cinquantaine de marquages au sol de stop. Cela mobilise une équipe de deux personnes pendant environ un mois. Nous travaillons en journée et de nuit selon les zones. Dans un lotissement, nous pouvons travailler facilement en journée. Sur des axes plus fréquentés de la ville, nous sommes obligés de travailler de nuit pour qu'il y ait moins de personnes et que nous puissions baliser plus facilement.
L'évolution des matériaux : vers plus d'éco-responsabilité
Les produits de marquage ont-ils évolué ?
De plus en plus, nos donneurs d'ordre veulent des produits plus vertueux. À l'origine, la peinture est un produit hydro carboné très polluant. Depuis 10 à 20 ans, nos peintures ne contiennent plus de toluène, qui était cancérogène. Il y a aussi des peintures où le solvant est remplacé par de l'eau. Ces produits sont censés être plus verts, mais ils sont beaucoup plus contraignants vis-à-vis de la météo et de l'hygrométrie. Nous les appliquons si le client le souhaite, notamment en été où ce produit fonctionne très bien.
D'où proviennent vos produits ?
Nous achetons nos peintures directement à des fournisseurs qui les fabriquent. Tous ces produits sont fabriqués en France. Tout ce qui est marquage routier de peinture blanche et jaune est normé. Il faut que le produit soit NF. Tout mètre carré de peinture sur route circulée doit être normé et régi par la partie 7 de l'Instruction Interministérielle sur la Signalisation Routière (IISR). Aujourd'hui, on ne peut pas faire n'importe quoi.
La formation au cœur de la stratégie humaine
Comment formez-vous vos équipes ?
En l'absence de cursus scolaire dédié à nos métiers, la transmission du savoir-faire se fait quasi exclusivement sur le terrain. L'apprentissage suit une progression logique et immersive : la recrue débute par les opérations de balisage, observe le travail de l'applicateur, puis s'initie progressivement au maniement du pistolet pour finalement réaliser ses premiers travaux de peinture après environ trois mois de pratique.
Proposez-vous des certifications à vos équipes ?
Nous organisons des cycles de formation chaque année pour les personnes qui le veulent. Elles partent pendant 5 semaines, réparties sur 4 mois, pour se former et se familiariser avec la réglementation sur l'équipement de la route. Le but est de pouvoir passer le CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) de la route. Mon patron est d'ailleurs membre du jury. De nombreux chefs d'équipe sont demandeurs de passer le CQP. De plus en plus, nos donneurs d'ordre nous demandent, lors de la réponse aux appels d'offre, d'avoir des CV de personnes qui ont ces certificats. Comme on n'arrive pas dans le métier par une formation classique, ce CQP a été créé pour que les personnes se conforment à la réglementation en vigueur et pour valoriser les employés des entreprises d'équipement de la route.
Comment créez-vous un bon environnement de travail ?
Au moins une fois par mois, nous faisons une réunion le matin avant que les équipes prennent le travail, dans chaque agence. Nous nous réunissons autour d'un petit déjeuner. Cela permet que les personnes soient au courant de ce qui se passe au sein de l'entreprise, mais aussi que les employés nous fassent remonter certaines informations pour clarifier ou améliorer des choses.
Nous organisons aussi les plannings hebdomadaires en présentiel. Tous les jeudis, tous les conducteurs de travaux de chaque agence viennent se réunir à Rognac. J'essaie aussi d'aller dans chaque agence au moins une fois par semaine, ou régulièrement.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui voudrait devenir responsable d'exploitation ?
L'important, c'est d'être proche de ses collaborateurs. Toujours avoir une oreille tendue, sa porte ouverte. Il y a rien de pire que des non-dits. Ensuite, il faut aimer les clients, aimer le relationnel entre salariés mais aussi avec les clients. C'est le maître-mot : il faut aimer ses clients pour aller chercher du travail, récupérer des commandes. Nous faisons 70 à 80% de commandes de gré à gré. Nous récupérons une commande parce que nous avons été présents, parce que nous avons fait le geste comme il fallait. Bien sûr, il y a le prix, mais juste après, il y a aussi la confiance.
Vision d'avenir : grandir sans stagner
Quelle est la vision de l'entreprise pour les prochaines années ?
Avec un carnet de commande à 3 semaines, j'ai vraiment du mal à me projeter. Nous vivons un peu l'instant présent. Mais le but, c'est de ne jamais stagner. Se certifier, avoir un centre de finition panneau, cela va nous permettre d'apporter un service au client et d'avoir des demandes. Avoir une commerciale permet d'être présent chez les collectivités qui ont toujours besoin de nos services.
L'idée, c'est d'essayer de se réinventer chaque année. Pouvoir se certifier nous apporte un nouveau potentiel de marchés sur la partie fourniture que nous ne prenions pas du tout avant. Nous ne voulions pas les gérer, nous ne voulions pas faire simplement boîte aux lettres. D'ailleurs, nous n'avons pas de sous-traitant. Nous faisons tout en propre, sauf certaines fois pour du balayage ou quelque chose de très spécifique. Cela nous permet d'éviter de prendre des frais sur une prestation annexe à notre métier, d'en faire profiter notre client, et surtout de maîtriser beaucoup mieux ce que nous réalisons.
Quel message souhaitez-vous adresser à vos équipes ?
S'ils n'étaient pas là, nous ne serions rien. Nous avons beau faire la meilleure vente et récupérer un maximum de commandes, si nous avons une malfaçon sur la réalisation, le client nous zappe. C'est beaucoup plus compliqué de gagner un nouveau client que de le perdre. On peut perdre un client en un seul chantier. C'est pour cela que nous insistons beaucoup auprès de nos chefs d'équipe et nos équipes pour qu'ils fassent du travail de qualité. En tant que société de service, il faut que le client soit satisfait du travail accompli. Aujourd’hui, nous faisons du très bon travail. Et c'est grâce à eux.
Du béton abstrait à la route concrète : un parcours guidé par le terrain
Comment êtes-vous arrivé dans le secteur du BTP ?
Mes parents travaillaient dans la pétrochimie à Lavera. J'ai toujours trouvé leur métier très abstrait. Moi, j'avais besoin de quelque chose de concret. Je suis assez cartésien, j'aimais les engins, les choses qui bougent. Je me suis donc orienté vers la construction sans savoir ou cela allait m’amener.