Trois sœurs, un groupe familial, une ambition : faire perdurer l'héritage familial tout en réinventant l'entreprise. Lucile, Célie et Léna Kupiec ont repris il y a 8 ans le Groupe Cadet, spécialisé dans l'inspection réglementaire. Entre digitalisation accélérée, gestion de crise sanitaire et maintien d'une culture d'entreprise familiale, elles racontent comment elles ont transformé l'essai tout en restant fidèles aux valeurs transmises. Une histoire de transmission réussie où l'humain reste au cœur de toutes les décisions.
Trois sœurs, un déclic inattendu
Comment vous êtes-vous lancées dans le secteur du BTP ?
Célie : Une entreprise familiale, c'est précieux. J’ai baigné dans le BTP avec notre père qui nous en parlait beaucoup à la maison. Le Groupe CADET, c'est la 4ème fille de la famille. Au moment où notre père étudiait la possibilité d’une retraite progressive et que différentes options se sont présentées mais n’ont pas abouti, Lucile s'est manifestée. Franchement, je n'étais pas prête à y aller toute seule, mais quand Lucile a évoqué l'idée de reprendre les parts de notre père, ensemble, je me suis lancée.
Lucile : Au début, nous avons fait notre propre chemin : Célie vers l'ingénierie patrimoniale, Léna finissait le lycée, et moi dans l'audit comptable et financier. À un moment, j'ai ressenti une envie de sens dans ce que je faisais au quotidien. J'avais envie de participer à quelque chose d’utile. Nos parents, tous deux très impliqués dans ce groupe, espéraient que nous l’intégrions un jour, et cela depuis que nous étions petites. Mais pendant des années nous avons refusé. Puis il y a eu cette nouvelle opportunité, à un moment de notre vie où nous étions toutes les trois alignées et prêtes à nous lancer.
Pouvez-vous présenter l'entreprise et son activité ?
Lucile : Au sein du groupe, nous faisons de l'inspection réglementaire, et notamment la vérifications des installations électriques et des engins de levage (EDT), mais également du contrôle technique construction et de la formation. Notre force, notre cœur de métier, c’est le chantier. Nous sommes exclusivement en B2B, travaillant aussi bien avec de grands donneurs d'ordre et de grands loueurs qu'avec de plus petits partenaires qui ont une ou deux machines ou installations. D’ailleurs, pour nous, il n'y a pas de petits clients. Le siège social est à Villepinte (93), mais nous avons un rayonnement national en gardant une identité locale que les clients apprécient.
Comment vous répartissez-vous les rôles dans l'entreprise ?
Célie : Officiellement, je suis responsable trésorerie, mais pour les collaborateurs, je suis un peu leur "couteau suisse". Mon travail, c'est de répondre aux équipes et de leur trouver une solution pour qu'ils sachent qu'ils ne sont pas tout seuls. Je gère les RH, les mutuelles, les problématiques diverses et variées qu’ils pourraient rencontrer dans leur quotidien.
Lucile : J'ai repris la direction de l'ensemble des entités du Groupe et à ce titre je travaille avec les directeurs pour mettre en action la stratégie du Groupe. Je suis en lien avec l’opérationnel, la direction technique, les services supports, les tiers (banques etc). Pour les décisions importantes ou les changements de stratégie, nous échangeons avec mes sœurs à voix égale. Dans nos domaines de compétences respectifs, en interne, nous n'avons pas besoin de nous consulter.
Le Covid comme accélérateur de reprise
Comment s'est passée la reprise de l'entreprise familiale ?
Lucile : Nous étions rentrées dans le Groupe début 2018 avec le projet d'être accompagnées par notre père pendant 5 ans. Puis il y a eu la Covid, et cela a tout bouleversé. Mon père s’est retiré plus rapidement que prévu afin de ne pas mettre en danger sa santé. C'est à ce moment-là que nous sommes tombées dans le « grand bain ». Le basculement s'est finalement fait naturellement pendant cette période. Nous avons fait face alors que d'autres entreprises avaient des difficultés. J'ai vu des hommes et des femmes se battre à nos côtés pour que le groupe tienne le coup ; ils sont allés travailler alors que nous avions des difficultés à les équiper de gants et masques. C’est grâce à cette aventure humaine sans précédent que ce groupe est devenu, pour toutes les trois « notre groupe », « nos entreprises ».
Les grues à tour : une spécialité exigeante
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Quelle est votre spécialité et qu'est-ce qui fait votre différence ?
Lucile : Notre différence, c'est notre expertise et notamment dans le domaine de la grue à tour. Nous sommes un des leaders dans le domaine. C'est un équipement exigeant, impressionnant et dangereux. Les collaborateurs qui interviennent sur ces engins sont des spécialistes, formés et suivis tout au long de leur carrière par une direction technique exigeante.
Célie : Les collaborateurs qui font de la grue en sont fiers. Dans la société, on sait qui est qualifié pour intervenir. C'est un métier qui, on peut le dire, impressionne que ce soit en interne ou en externe.
Lucile : Depuis 2020, nous avons digitalisé la société en créant nos propres outils de reporting interne. Que ce soit notre système de rapportage disponible sur smartphone en passant par notre extranet ou encore nos outils de gestion utilisant de la BI, nous avons donné un coup de « jeune » au Groupe.
Célie : Quand j'étais en job étudiant, les rapports étaient écrits à la main et envoyés par courrier ! Passer à la tablette, puis au téléphone, a été un grand changement. Cela donne plus d'autonomie aux équipes. Elles voient en temps réel si leur rapport est envoyé ou si la mission est facturée sans avoir besoin d'appeler le bureau.
L'humain avant tout
Quels sont vos défis actuels, notamment en matière de ressources humaines ?
Lucile : La croissance est un défi majeur. Car stagner dans ce secteur, c'est « mourir ». Il y a aussi le défi environnemental : nos collaborateurs font plusieurs milliers de km par an. Nous entamons donc depuis quelques mois des démarches pour rendre notre parc automobile plus écologique afin de réduire notre empreinte carbone. Mais nous souhaitons accompagner intelligemment chaque salarié dans cette transition (bornes disponibles au bureau, proches de leur résidence etc.). Enfin, le recrutement est crucial. Dans une période et sur un secteur ultra-concurrentiel, nous essayons de trouver des variables qui résonnent au-delà du simple salaire.
Célie : Les nouveaux collaborateurs ont besoin de discuter, d’échanger. Nous misons sur un management de proximité malgré la distance géographique. Nous essayons également d’organiser des événements, comme les 30 ans de la société en 2025, pour créer du lien. Il y a une dimension humaine fondamentale que nous essayons d’insuffler et de maintenir au sein du groupe.
Quels sont les chantiers et fiertés dont vous êtes les plus fières ?
Lucile : Une de nos petites structures a décroché le chantier de Notre-Dame de Paris pour la vérification des installations électriques temporaires. Un de nos collaborateurs a même pu toucher le coq tout en haut ! C'est une immense fierté. Depuis la reprise, nous sommes passés d’environ 6 à 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, et de 60 à 100 collaborateurs.
Célie : Ma fierté, c'est ma sœur Lucile. Elle est bien au-delà de ce que j'imaginais au poste de Directrice. Je suis fière de ce qu'elle est devenue et elle est exactement là où elle doit être.
Quelle est votre vision de l'entreprise à 2030 ?
Lucile : L'objectif est d'atteindre 15 millions d'euros en gardant notre ADN. Nous voulons continuer à connaître chaque collaborateur par son prénom ; qu'ils ne deviennent jamais un numéro. Nous voulons aussi que nos décisions aient un vrai impact (social, environnemental), comme ce que nous avons fait pour Octobre Rose.
Célie : Nous voulons que nos salariés appartiennent à quelque chose de différent qu’un simple outil de production. Aujourd'hui, avec mes sœurs, nous voulons utiliser l'entreprise "pour les autres" : dons aux associations, aide aux salariés en difficulté... à notre modeste échelle.
Célie : Merci. Nous, nous y croyons et nous ferons tout pour que vous continuiez d'y croire aussi.
Lucile : A tous nos collaborateurs et collaboratrices « Merci ». Directions et Responsables opérationnels, Responsables de section, Inspecteurs chargés d’affaires, Inspecteurs, Directeurs Techniques, Services Supports (Secrétariat, Assistantes, Achats, S.S.E, Comptabilité, Informatique, et j’en oublie certainement !) : un grand merci pour votre travail et votre engagement quotidien. Notre vision, c'est qu'ils ne sont pas à notre service, nous sommes à leur service. Ce sont eux qui font tourner ce groupe tous les jours.
Et un remerciement tout particulier à celles et ceux qui nous ont accueillis, guidés, soutenus et accompagnés tout au long de cette passation. Votre présence et votre bienveillance ont été précieuses.