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“Le secteur du bâtiment évolue mais c’est trop peu visible.”

Spécialité
Maçonnerie
Ville
Montbrison (42)
Chiffre d'affaires
3 M€
Sommaire

Portrait

Nom
Arnaud et Grégory Vial
Entreprise
Vial Construction
Fonction
Dirigeants

En résumé

Arnaud et Grégory Vial, deux frères qui ont repris il y a 7 ans l'entreprise familiale créée par leur père en 2000, incarnent une nouvelle génération d'entrepreneurs du BTP. À la tête de Vial Construction, entreprise de maçonnerie basée dans la Loire, ils naviguent entre tradition et innovation avec une vingtaine de salariés. Entre la gestion des défis d'un secteur en tension et le développement d'une activité innovante de préfabrication béton avec leur marque Clinker, ils nous livrent leur vision sans filtre de l'entrepreneuriat dans le bâtiment.

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Une entreprise de maçonnerie polyvalente

Quelle est l'activité de Vial Construction aujourd'hui ?

Grégory : Nous sommes des généralistes de la maçonnerie, du projet à 1 000 € jusqu’au chantier de 500 000 €. Notre cœur d'activité reste le bâtiment industriel, mais nous avons une expertise forte sur les villas haut de gamme. Nous réalisons des projets complexes, mêlant béton armé et blocs à bâtir, qui s'apparentent presque à du petit collectif.

Nous intervenons aussi en rénovation et en entretien industriel pour des clients fidèles qui ont besoin de modifier leurs process (création de fosses, aménagement). Cette année, nous visons un chiffre d'affaires d'environ 3 millions d'euros.

Comment vous répartissez-vous les rôles entre frères ?

Grégory : Nos rôles ont évolué avec le lancement de Clinker, notre entité dédiée à la valorisation du béton. Arnaud est le pilier de la gestion de chantier pour Vial Construction. De mon côté, je me concentre de plus en plus sur le développement de Clinker : nous avons installé un atelier de préfabrication dans nos locaux pour créer du mobilier urbain spécifique et des objets en béton design. Mon rôle est de promouvoir cette activité et de nourrir l'entreprise avec ces nouvelles solutions. C'est une vision à moyen terme qui commence vraiment à porter ses fruits.

Vous fonctionnez sur une activité locale, régionale ou nationale ?

Arnaud : Notre ancrage est avant tout départemental (90 % de notre activité). Nous privilégions la proximité. Cependant, il arrive que nos clients historiques nous demandent de les accompagner sur des projets plus lointains. La fidélité est une valeur forte chez nous, alors quand on nous fait confiance, il est difficile de dire non !

Crédit photo : ©Studio Chambon

Clinker : quand le béton devient création

D'où vient ce projet Clinker ?

Grégory : J'appelle ça ma "crise de la quarantaine" (rires). J'ai toujours eu ce besoin de créativité que la maçonnerie traditionnelle ne comblait pas totalement. Mais c’est aussi un choix très pragmatique. Dans notre métier, les marges sont serrées. Pour se développer, il faut apporter de la valeur ajoutée, de l'atypique. Il y a aussi eu un déclic humain il y a 5 ans. Suite à des problèmes de santé au travail chez certains de nos collaborateurs, nous avons repensé notre manière de produire avec l'aide d'une ergothérapeute. Cela nous a poussés à investir dans notre propre unité de préfabrication. En fabriquant en atelier plutôt que sur le chantier, on gagne en volume, en rapidité et surtout en confort de travail. C’est une véritable démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) concrète.

Quelles sont les cibles de Clinker ?

Grégory : Nous visons les particuliers, les collectivités mais aussi les réseaux de franchises et de boutiques qui veulent une identité visuelle forte. Mon rôle est d'ouvrir des portes là où un maçon classique ne rentre pas. On propose des éléments impactants : du mobilier urbain, du parement mural, des objets qui marquent une différence.

Cela vous amène-t-il à collaborer avec de nouveaux partenaires ?

Grégory : Absolument. Travailler avec des architectes et des designers enrichit énormément le réseau de Vial Construction.

"Aujourd'hui, c'est un combat de garder son chiffre d'affaires"

Quels sont vos défis aujourd'hui ?

Arnaud : C’est clairement le maintien du chiffre d’affaires. En 2025-2026, sécuriser son activité est un combat de chaque instant. Sur les appels d’offres, c’est une véritable empoignade ; on voit beaucoup de "dumping" sur les prix pour essayer de remplir les carnets de commandes.

Et vous, côté carnet de commandes, vous arrivez à avoir une visibilité ?

Arnaud : On a la chance d'avoir de la visibilité sur le premier semestre, ce qui nous permet de travailler sereinement. Mais le temps où l'on avait 18 mois d'avance est révolu. Aujourd'hui, la réactivité est devenue la norme : la première question des clients, avant même le prix, c’est : "Quand pouvez-vous démarrer ?"

©Studio Chambon

Comment vous faites pour gérer vos équipes avec ces contraintes ?

Arnaud : La réactivité, c'est notre marque de fabrique. Pour la garantir, nous misons sur de petites équipes polyvalentes et sur l'optimisation des process. C’est là que la préfabrication prend tout son sens : au lieu de passer 15 jours accroupis à coffrer sur le chantier, nos gars reçoivent les éléments prêts à poser. L’objectif est double : gagner en vitesse et offrir un vrai confort de travail. On ne veut pas que nos salariés s'épuisent. On a aussi fait le choix de nous recentrer sur notre cœur de métier : la maçonnerie. Pour le terrassement, par exemple, nous travaillons avec des partenaires spécialisés. Cela nous permet d'être plus légers logistiquement et d'adapter notre charge de travail en temps réel. Si un chantier démarre plus tôt que prévu, un partenaire peut lancer les bases pendant que nous finissons une autre opération.

Avez-vous traversé des coups durs marquants ?

Grégory : On ne dirige pas une entreprise sans essuyer des tempêtes. Nous avons récemment dû faire face à des impayés significatifs et, début 2025, à un véritable séisme opérationnel : en une semaine, l'équivalent d'un million d'euros de chantiers a été annulé ou décalé. Ce sont des moments qui pèsent lourd sur la structure.

Arnaud : C’était un cumul d’imprévus totalement indépendants de notre volonté : des problèmes de foncier chez un client, des retards administratifs sur un immeuble, ou encore des diagnostics amiante qui bloquent tout. Quand trois chantiers majeurs s'arrêtent simultanément, le défi est humain et logistique. Il faut rebondir instantanément, réorganiser les plannings et trouver des solutions pour que nos équipes restent actives dès le lendemain matin. C’est dans ces moments-là que notre agilité est mise à rude épreuve.

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Une fidélité qui fait la différence

Avez-vous des sujets de recrutement ?

Arnaud : Nous avons la chance d’avoir une équipe très stable, avec un turnover quasiment inexistant. La plupart de nos salariés ont plus de 10 ans d'ancienneté, et une grande partie de nos chefs de chantier ont été formés chez nous, dès l’apprentissage. C’est une fierté de voir que ceux qui nous rejoignent s’inscrivent dans la durée.

Gregory : Il n’y a pas de secret, il faut prendre soin des gens, tant au niveau de la rémunération que des conditions de travail. Nous avons notamment mis en place une organisation du temps de travail sur mesure. Concrètement, cela permet à l’ensemble de nos collaborateurs d'avoirun week-end de 3 jours une semaine sur deux. Sauf exception rare en cas d'urgence absolue, c'est un rythme qui offre un vrai équilibre entre vie pro et vie perso, et nos équipes y sont très attachées.

Les fiertés de l'entreprise

De quoi êtes-vous le plus fiers ?

Arnaud : Ma première fierté est humaine : réussir à maintenir l’emploi et continuer à recruter. Un exemple me tient particulièrement à cœur : grâce à notre atelier de préfabrication, nous avons pu adapter le poste d’un collaborateur qui aurait dû être en invalidité. Cela lui a permis de poursuivre son activité jusqu’à sa retraite à taux plein. C’est gratifiant de savoir que notre organisation contribue concrètement à la vie des gens.

Je suis également fier de notre image de marque, c’est une reconnaissance immense de notre savoir-faire.

Grégory : Je suis fier de la fidélité de nos clients et du simple fait de réussir à créer et à pérenniser une activité en France ; c’est un véritable parcours du combattant. Mais par-dessus tout, notre plus grande fierté, ce sont nos salariés. Ils sont les premiers ambassadeurs de notre image sur le terrain.

©Studio Chambon

Innovation et évolution des méthodes

Comment intégrez-vous le numérique et l'IA dans votre activité ?

Arnaud : Le numérique chez nous n'est pas un gadget, c'est un outil de précision. Sur le terrain, nos équipes sont totalement autonomes : elles assurent des implantations au centimètre près grâce à des équipements de pointe. Côté structure, nous fonctionnons avec des outils de gestion agiles et des logiciels de chiffrage spécialisés. Cette modernisation est aussi technique : nous avons abandonné les méthodes traditionnelles lentes pour privilégier la préfabrication. L'objectif est clair : gagner en mobilité, travailler avec des équipes plus expertes et surtout, utiliser la technologie pour faciliter le quotidien de nos collaborateurs.

Grégory : Pour moi, l’IA est devenue un véritable levier de productivité stratégique. Je l’intègre quotidiennement pour structurer nos dossiers techniques, nos plans de prévention et toute la documentation administrative complexe. L’idée n’est pas de lui déléguer notre métier, mais de l'utiliser pour transformer notre expertise brute en dossiers structurés, clairs et ultra-professionnels. C'est un gain de temps qui nous permet de nous concentrer sur la valeur ajoutée : le conseil client et la conduite de travaux. Que ce soit pour affiner une réponse à un appel d'offres ou structurer un catalogue, l'IA agit comme un assistant de direction à haute performance.

Deux frères, une force

Le fait d'être deux frères, c'est un avantage ou un frein ?

Arnaud : C’est sans aucun doute une force. Être deux permet de confronter nos points de vue, de s’enrichir mutuellement et, parfois, de tempérer certaines impulsions. Seul, je n'aurais jamais eu l'idée, ni même l'ambition de lancer une entité comme Clinker. C’est cette dualité qui nous permet d’aller chercher des opportunités que nous n’aurions pas saisies individuellement.

Grégory : La gestion simultanée de Vial Construction et de Clinker serait impossible en solo. La force de notre binôme repose sur un équilibre des charges : pendant qu'Arnaud assure le pilotage et le suivi rigoureux des chantiers, je peux me concentrer sur le développement et la prospection.

Je pense d'ailleurs que cette organisation est plus fluide entre frères qu'entre associés classiques. Il existe une confiance naturelle sur le "travail invisible". Entre frères, on sait que chaque action, même si elle n'est pas immédiatement visible sur un planning de chantier, sert l'intérêt commun. Cet équilibre et cette compréhension mutuelle sont le socle de notre réussite.

©Studio Chambon

Conseils aux futurs repreneurs

Quels conseils donneriez-vous à un confrère ou une consœur qui souhaite reprendre ou se lancer dans la gestion d'une entreprise dans le BTP ?

Grégory : Mon premier conseil est simple : faites-le par choix, jamais par contrainte. L’entrepreneuriat est un marathon. Si vous avancez à reculons, vous ne tiendrez pas sur la durée, surtout dans les périodes de turbulences. Il faut une envie profonde pour transformer les obstacles en opportunités.

Arnaud : J’ajouterais qu’il ne faut pas que l’argent soit le moteur principal. Aujourd'hui, se lancer dans le bâtiment est un pari sur le long terme qui demande de l’humilité. Rien n'arrive tout cuit. Pour réussir, il faut savoir innover : dans sa manière de travailler, mais aussi dans sa façon de concevoir le management et l'entreprise. Si c'était facile, tout le monde le ferait.

J’ai retenu une phrase marquante lors d'une visite à la Fédération à Paris : "Quand on est patron, on est seul." Face à certains soucis, on se retrouve effectivement en première ligne. C’est pour cela qu’il est vital d’être bien entouré, au-delà de l’entreprise. Il faut avoir des "fondations" personnelles solides : des proches ou des pairs à qui l’on peut parler librement, sans filtre et sans jugement. Parfois, on n'attend pas de solution, juste une oreille pour évacuer la pression.

Vision pour les 3 à 5 prochaines années

Où vous voyez-vous dans 3 à 5 ans ?

Grégory : Mon ambition est que Clinker s’installe durablement dans notre paysage comme un acteur reconnu du mobilier urbain et de la création béton. Je veux que nous traitions le béton comme un matériau noble, au même titre que la pierre ou le bois, loin des productions industrielles de masse. Mais surtout, je souhaite que cette dynamique irrigue Vial Construction: l'objectif est que Clinker tire vers le haut notre activité de préfabrication globale. En maîtrisant ces process de pointe, nous apportons une valeur ajoutée unique à nos chantiers de construction traditionnelle.

Arnaud : Pour compléter cette vision, mon objectif n’est pas la course à la taille. Je ne cherche pas à gonfler les effectifs pour finir à cinquante salariés, mais plutôt à pérenniser et solidifier ce que nous avons bâti. Je souhaite que nous renforcions encore ce lien de fidélité qui nous unit à nos clients historiques. À terme, l’idéal serait d’atteindre cet équilibre où l’on a le luxe de choisir nos chantiers, tout en consolidant la confiance de ceux qui nous suivent depuis des années. Construire durablement, c'est aussi savoir rester à taille humaine.

Un mot pour les équipes

Si vous aviez un message à faire passer à vos équipes ?

Arnaud : Un immense merci. Merci de se lever tous les matins avec cet engagement. Ce qui me touche le plus, c’est leur implication et leur professionnalisme, même dans les moments de tension. Nous avons eu des périodes où la charge de travail nous obligeait à accepter des chantiers plus lointains, impliquant de longs déplacements. Nos équipes ont toujours répondu présent, sans sourciller. Cette solidarité est le moteur de l'entreprise.

Grégory : Il ne faut jamais oublier que le bâtiment reste un des secteurs encore éprouvants. Malgré tous nos efforts pour améliorer le confort grâce aux nouveaux moyens de manutention ou à la préfabrication, la réalité demeure : nos équipes sont en première ligne, exposées aux éléments, sous la pluie comme sous la canicule. Ce courage face au terrain impose le respect. Ils sont le socle des Édificateurs, et nous en sommes pleinement conscients.

©Studio Chambon

Deux parcours, une même destination

Comment êtes-vous arrivés dans le BTP et à reprendre cette entreprise ?

Grégory : Pour être honnête, rien ne me prédestinait à la maçonnerie, si ce n’est l’héritage de notre père. Mon parcours scolaire a été... sinueux (sourire). Je cherchais ma place. Un jour, après un DUT industriel, on m'a dit : "Regarde, c’est une brouette, mets-toi derrière." C’est là que tout a commencé. Je me suis formé sur le terrain et via des filières professionnelles d'encadrement de chantier. Ce n'était pas une vocation de départ, mais c’est devenu une passion de terrain.

Arnaud : De mon côté, c’était une évidence dès l’adolescence. Mon parcours a été fléché : Bac STI bâtiment, BTS en alternance, puis licence en conduite de travaux. Mais je voulais me prouver mes capacités ailleurs avant de rejoindre la structure familiale. J’ai fait mes armes dans une grosse entreprise de maçonnerie à Montbrison, puis dans le négoce pendant 5 ans. Quand j’ai senti que j’avais le bagage nécessaire, j’ai dit : "C’est le moment".

Comment s'est passée cette transmission ?

Grégory : C’est un cheminement de 10 ans. Nous faisions des points annuels avec notre père pour sonder les volontés de chacun. Mon point de vue a beaucoup mûri ; je ne me voyais pas forcément reprendre les rênes au début. Finalement, la transmission s'est concrétisée il y a 7 ans. Aujourd’hui, l'équilibre est naturel : Arnaud est Président et je suis Directeur.

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