Marie-Camille Deblonde et Julien Pourcine s'apprêtent à reprendre Midi Étanchéité, entreprise familiale spécialisée dans l'étanchéité de toitures et terrasses basée à Mireval. Une reprise qui se prépare sur trois ans, dans un secteur du BTP en pleine mutation. Entre défis de structuration, exigences techniques et vision d'avenir, ils racontent leur parcours et leurs ambitions pour cette société à taille humaine qui réalise 5 millions d'euros de chiffre d'affaires et des chantiers emblématiques sur tout le territoire héraultais.
De la logistique automobile à l'étanchéité : un défi personnel
Comment êtes-vous arrivés à la tête de Midi Étanchéité ?
Marie-Camille : Je m'appelle Marie-Camille Deblonde et je suis actuellement assistante de direction. Je suis dans la structure depuis 2013 avec quelques allers-retours, et je suis revenue à plein temps en 2020. Le projet de rachat va se faire sur trois ans, passé ce délai ce sera un départ à la retraite des dirigeants actuels qui sont mes parents.
Julien : Moi c'est Julien Pourcine, je suis chargé d'affaires. Je suis arrivé en 2019 avec l'objectif clair de reprendre la société. J'ai commencé en tant que conducteur de travaux et aujourd'hui j'ai davantage une casquette de dirigeant aux côtés du dirigeant actuel. À la base, je viens de la logistique automobile, donc mon premier défi, c'était d'apprendre un métier complètement nouveau.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de reprendre cette entreprise ?
Marie-Camille : Le challenge en grande partie. On a vraiment contribué à développer cette entreprise et à la façonner un peu à notre image. C'est une société qui a des bases solides, une bonne réputation dans le milieu, un bon carnet de commandes. C'est aussi une entreprise vraiment à taille humaine, une entreprise familiale. On a actuellement 20 salariés. On essaie de garder ce climat familial dans la transmission et dans la gestion au quotidien. Ce qui nous plaît, c'est de ne pas faire partie d'un groupe, d'avoir cette gestion très humaine qui nous correspond.
Marie-Camille : Mes parents au départ nous ont laissé le choix de reprendre ou non, car être entrepreneur aujourd'hui dans le bâtiment, c'est un peu plus qu'un challenge, c'est une vocation. Mais oui, dans les esprits, c'était la suite logique : on est rentré dans l'entreprise pour réfléchir à une reprise par la suite.
L'expertise de l'étanchéité : des toitures aux châteaux d'eau
Pouvez-vous définir l'activité de Midi Étanchéité ?
Marie-Camille : Nous sommes spécialisés dans l'étanchéité de toitures avec amélioration énergétique, la réfection de terrasses accessibles en étanchéité traditionnelle selon les règles du DTU 45.3. Emmanuel Noviant, le dirigeant actuel, s'est également spécialisé sur l'étanchéité intérieure de réservoirs d'eau potable avec des procédés très spécifiques. Nous intervenons aussi sur les piscines en étanchéité et carrelage, ainsi que sur les balcons.
Quel type de clientèle ciblez-vous ?
Marie-Camille : Nous essayons de maintenir un ratio 80/20 : 80 % de professionnels et 20 % de particuliers et collectivités. On ne peut pas renvoyer tout le monde, on garde une réputation en répondant à certains particuliers. Ces dernières années, nous avons développé les marchés de collectivités pour nous diversifier.
Julien : Le Covid a énormément bousculé le milieu du bâtiment. Nous avons vu certains acteurs du neuf se tourner vers la rénovation, qui est notre cœur d'activité. Nous nous sommes donc diversifiés pour aller chercher de nouveaux marchés, garder notre volume de chiffre d'affaires et fournir du travail à tous nos salariés. On voit malheureusement beaucoup d'entreprises se séparer de très bons éléments faute de travail. Cela fait partie du challenge au quotidien : aller chercher de nouveaux marchés et s'adapter.
Où en êtes-vous aujourd'hui en termes de chiffre d'affaires ?
Marie-Camille : Nous réalisons environ 5 millions d'euros de chiffre d'affaires. C'est en forte croissance depuis trois ans. Par contre, nous allons essayer de stabiliser car cela devient compliqué de garder une prestation de service irréprochable. Officiellement, nous ne sommes que deux chargés d'affaires. Pour gérer 5 millions d'euros à deux, c'est compliqué de suivre les chantiers tout en conservant la qualité de service qu'on nous attribue. Nous préférons nous structurer et nous stabiliser en interne avant de poursuivre l'évolution. On a besoin de calmer un peu le jeu pour ne pas partir dans tous les sens.
Restructuration et transmission : les défis d'une reprise familiale
Quels sont vos trois principaux défis pour les années à venir ?
Marie-Camille : Nous avons deux parties distinctes. Julien est davantage sur la partie chargé d'affaires, terrain, commercial, conduction de travaux et suivi de chantier. Moi, je suis beaucoup plus sur la partie administrative, gestion financière. D'ailleurs, nous avons recruté une assistante récemment pour la réorganisation et la restructuration de la société en termes d'administratif et de mise en place de process. Depuis que mes parents ont repris la gestion à 100 % en 2015, nous étions une très petite société et nous avons beaucoup grandi sans qu'aucun process ni structuration ne soit mis en place. C'est ce travail que je veux accomplir dans les prochains mois.
Julien : Pour moi, le défi est d'apprendre un nouveau métier et de faire perdurer l'entreprise en la développant à mon image sur la partie production. Il s'agit aussi de me faire un nom. Aujourd'hui, Midi Étanchéité, c'est encore Emmanuel Noviant, ce n'est pas encore Julien Pourcine ou Marie-Camille Deblonde. Ce sera un des challenges des trois prochaines années.
Comment comptez-vous mener cette réorganisation ?
Marie-Camille : Nous allons nous appuyer sur la Fédération du Bâtiment avec le programme "Lean Construction". Nous faisons partie des groupes d'entreprises qui vont se lancer dans la prochaine session, qui devrait démarrer en mai et durer un à deux ans selon nos besoins et l'évolution que nous apporterons à l'entreprise. Nous serons accompagnés pour réaliser cette structuration.
Pouvez-vous nous parler de vos chantiers emblématiques ?
Julien : Le chantier présenté ici est sur la Corniche à Sète. C'est un dossier en première ligne face à la Méditerranée, avec une façade exposée à la corrosion du sel marin et à l'humidité en permanence. Nous refaisons les toitures et tous les balcons, tandis que les maçons restructurent toute la façade côté mer car elle a été complètement détruite, avec des voiles béton qui ne tenaient plus. C'est un gros dossier dans un cadre magnifique avec une vue sur la mer. Un chantier de deux ans sur un ancien complexe hôtelier transformé en copropriété avec une dizaine de bâtiments, mobilisant environ deux équipes en permanence de deux à trois personnes.
Julien : Nous avons également refait l'étanchéité de gros parkings à Sète, faisant appel à un prestataire partenaire pour les enrobés et les marquages de places. Nous avons aussi travaillé sur le plus gros dossier de Montpellier en réhabilitation énergétique : le parc du Belvédère, qui a obtenu le plus de subventions. Nous avons refait toutes les toitures, le façadier a refait toutes les façades en ITE, et toutes les VMC et menuiseries ont été renouvelées.
Et les châteaux d'eau, comment cela se passe-t-il ?
Marie-Camille : C'est une formation spécifique. Aujourd'hui, nous faisons appel à des prestataires externes que nous déclarons en sous-traitance. Nous évitons d'envoyer trop nos équipes car ce sont des milieux confinés, très difficiles. Il faut avoir la formation CATEC minimum pour espace confiné. Physiquement, c'est très lourd. Ils travaillent dans le noir toute la journée avec des combinaisons, des masques, à la lumière artificielle. C'est moralement et physiquement contraignant.
Quelle est votre vision pour les trois à cinq prochaines années ?
Julien : Dans les trois ans, c'est de prendre pleinement le relais au départ d'Emmanuel Noviant. Ensuite, il faudra payer la structure et la développer éventuellement. Nous pensons peut-être ouvrir une antenne à La Réunion, car ma famille en est originaire. Nous avons également pensé à Marseille ou Toulouse selon les secteurs et la concurrence. L'idée est de nous développer géographiquement.
Marie-Camille : Nous voulons aussi développer nos partenariats avec des prestataires pour proposer des solutions globales de rénovation de logements. Le souci de nos principaux clients, les syndics de copropriété, c'est qu'ils doivent appeler un étancheur pour les toits, un façadier pour les façades, quelqu'un pour les parkings, quelqu'un pour les menuiseries. Ce serait de la solution clé en main. Nous resterions exclusivement étancheurs — nous voulons garder notre cœur de métier, là où nous sommes bons aujourd'hui. Notre taux de retour chantier est de moins de 5 %. C'est un savoir-faire que nous avons acquis et que nous voulons conserver.
Quel conseil donneriez-vous à des personnes qui souhaitent reprendre une entreprise ?
Marie-Camille : La rigueur, le travail et le suivi de la réglementation. Je dirais aussi de bien s'entourer. Quand on va devenir dirigeant, beaucoup de choses vont relever de notre responsabilité. Si on n'a pas l'accompagnement et le suivi qu'il faut, on va se retrouver piégé dans des choses qu'on ne comprend pas, principalement tout ce qui est comptabilité, fiscalité, assurance. Nous nous évertuons à faire notre métier de base pour pouvoir dormir sur nos deux oreilles et être en accord avec nous-mêmes. La formation que j’ai suivi grâce à la fédération du Bâtiment qui s’appelle l’ESJDB (Ecole Supérieure des Jeunes Dirigeants du Bâtiment) et qui a duré 2 ans m’a grandement aidé en ce sens.
Julien : Ne pas avoir peur du travail, avoir de la rigueur, savoir s'entourer et bien se préparer. Cela demande du travail en amont, surtout dans le climat actuel. Nous avons besoin de savoir où nous pouvons mettre les pieds, même si le sol est relativement argileux en ce moment. C'est compliqué d'avoir une vision sur le long terme.
Un message à adresser à vos équipes ?
De continuer ainsi. Nous sommes très contents de leur façon de travailler. Si Midi Étanchéité en est là aujourd'hui, c'est grâce au travail d'Emmanuel Noviant qui a la passion et qui l'a fait grandir jusqu'où nous en sommes, mais sans les équipes terrain, sans leur savoir-faire du cœur de métier et leur investissement, Midi Étanchéité ne serait pas là non plus.