Hugo Marsollier a transformé un secteur traditionnel en modernisant l'approche artisanale de la couverture. À 22 ans, ce dirigeant d'ED Ouest a révolutionné les codes du métier en misant sur la réactivité et la qualité de service. Douze ans plus tard, son groupe compte 108 collaborateurs répartis sur 9 agences et réalise près de 17 millions d'euros de chiffre d'affaires.
La révolution de l'artisanat traditionnel
Comment avez-vous modernisé le secteur de la couverture ?
"J'ai voulu moderniser avec l'expérience de mon associé le côté artisan. Aujourd'hui, la vraie problématique que beaucoup de gens ont, c'est que quand on fait un devis, l'artisan met du temps à répondre, à se déplacer, à venir faire les travaux. J'ai vraiment dépoussiéré ça en mettant des process et en recrutant des chargés d'affaires."
Quelle est votre politique de service client ?
"Notre politique, c'est : vous nous appelez, vous avez une fuite ou un projet de rénovation, on doit être là dans les 48 heures pour vous faire un devis. Le devis doit être fait directement sur place ou envoyé dès le lendemain, et on doit intervenir sous maximum un mois. C'est ce qui fait notre force aujourd'hui et c'est comme ça qu'on s'est développé. On a fait le choix d'être ultra réactif. C'est un coût, on est peut-être un peu plus cher que l'artisan qui est tout seul, mais quand lui a un an de délai, nous on intervient le lendemain."
Comment avez-vous organisé votre développement territorial ?
"On a ouvert à Nantes et après on a grossi autour. On a fait la Vendée en deuxième, puis le Morbihan, après Rennes et toutes les autres agences qui sont arrivées au fur et à mesure. Aujourd'hui, il y a neuf agences dont une spécialisée dans le solaire. On vient d'ouvrir le désamiantage pour tout ce qui est traitement de l'amiante. En gros, on veut gérer un chantier de A à Z."
Comment gérez-vous 108 collaborateurs répartis sur 9 agences ?
"J’ai fait en sorte de mettre les bonnes personnes aux bons endroits, des personnes pilotes. Chaque agence est pilotée par un directeur d’agence autonome, en charge de l’exploitation et des décisions opérationnelles, avec l’appui du siège lorsque nécessaire. C’est ce qui nous permet de nous démultiplier plus facilement quand on a les bonnes personnes.."
Le défi majeur : recruter des couvreurs compétents
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Quelle est la fidélité de vos équipes ?
"J’ai très peu de turnover. Sur l’agence nantaise, qui est la plus ancienne, on est à environ 8 ans d’ancienneté en moyenne. Quand certains partent, c’est généralement pour se mettre à leur compte. "
"Après le Covid, ça a été compliqué. Les prix des matières premières ont explosé. L’approvisionnement était très complexe et on a subi des hausses de 40 à 45 %. Il a fallu réajuster nos prix. Ça n’a pas été simple. Les prix fournisseurs ne sont jamais redescendus, donc nos prix non plus. Les marges ont été grignotées et j’ai dû tout revoir un an après le Covid. Ça a été un vrai coup dur, ça a changé la politique de prix, et plus largement la politique globale."
L'innovation au service de l'efficacité
Comment les nouvelles technologies transforment-elles votre métier ?
"Les drones, on les utilise depuis longtemps déjà pour faire les devis et mesures. C'est vraiment formidable. On prend le petit drone et on va sur le toit quand il n'y a pas d'accessibilité. Ça nous permet de prendre les côtes du chantier, les métrages, d'évaluer vraiment la couverture et d'aller dans tous les recoins où on ne peut pas aller. On gagne du temps. C'est un outil exceptionnel que les couvreurs ne connaissaient pas du tout il y a encore 5 ans."
Utilisez-vous d'autres innovations technologiques ?
"Aujourd'hui, les drones permettent aussi de laver les toits directement. On peut démousser la toiture via un drone. Et puis il y a la dématérialisation : quand j'ai commencé, on faisait les devis en papier chez le client, on écrivait à la main. Maintenant, depuis 3 ans, on est directement chez le client avec une tablette. On envoie le devis, le client le signe en balayant l'écran et on peut avoir la facture tout de suite."
Et l'intelligence artificielle ?
"Les filles s'en servent pour la communication. Avec ChatGPT, elles arrivent à faire des designs, plein de choses pour la communication et les courriers. J'aimerais l'intégrer pour mes devis, pour que ce soit encore plus facile, plus ludique. De toute façon, on va tous y venir."
L'esprit ED Ouest : innovation, proximité, réactivité
Comment définiriez-vous l'esprit ED Ouest ?
"Je dirais innovant, proche et réactif. Innovant parce qu'on se remet en question tout le temps, on se remet au goût du jour et on cherche toujours de nouveaux axes stratégiques pour être plus compétitif, plus rapide, meilleur, pour être les premiers. On ne se repose vraiment pas sur nos lauriers. Proche parce qu'on est proche entre nous et proche de nos clients. On les bichonne, on les soigne comme je le fais avec mes salariés. Et réactif, on est ultra réactif quand il y a des demandes clients. Même moi par rapport à mes salariés, je traite tout de suite, je ne remets pas au lendemain, on ne procrastine pas."
Comment maintenez-vous cet esprit familial avec 108 salariés ?
"On a réussi à garder l'ADN d'une entreprise familiale. Même si on est 108, on était tous en réunion ce matin, c'est bonne franquette, tout le monde se connaît, on reste simple. C'est hyper agréable comme cadre de travail. Ce n'est pas pyramidal comme certaines boîtes. Je suis hyper accessible, les directeurs sont accessibles. Il y a vraiment cet esprit familial où il fait bon vivre dans l'entreprise."
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La diversification stratégique
Comment développez-vous de nouveaux métiers ?
"On se diversifie beaucoup. On a lancé le solaire, le désamiantage. On a aussi créé une autre structure, Flamme et Bois, pour les poêles à bois et à granulés. Cette diversification répond à une logique de synergie des compétences. Lorsqu’un client installe un poêle, la sortie de cheminée est souvent à reprendre, ce qui crée naturellement un lien avec l’activité de couverture. Il en va de même pour les panneaux solaires : leur installation nécessite une toiture en bon état. Les métiers sont complémentaires et s’enrichissent mutuellement."
Les valeurs et la fierté du dirigeant
Quelles sont vos plus grandes fiertés ?
"D'avoir réussi à mener le groupe en 10 ans à 100 personnes, à quasi 10 agences, avec une vraie fidélité ancrée de gens qui partagent les mêmes valeurs. D'être dans la qualité, de vraiment faire le maximum chez les clients. Je suis très exigeant avec les salariés, mais d'avoir une qualité d'exécution du travail, c'est une fierté. Les gens sont principalement très contents de ce qu'on fait et si quelque chose est mal fait, on réintervient tout de suite. On ne laisse pas le client en plan, on ne fait pas la politique de l'autruche."
Un message pour vos équipes ?
"Je suis très fier de mes équipes. De leur fidélité, de leur engagement et de leur travail au quotidien. Que ce soit le back-office, qui effectue un travail exceptionnel. Que ce soient les équipes qui répondent au téléphone pour qualifier et traiter les demandes. Et surtout les couvreurs, qui se lèvent tous les matins à 6h, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige. On ne peut que tirer notre chapeau. C’est un métier dur, exigeant et dangereux, en hauteur. Je veux aussi saluer le travail de nos conseillers techniques. Ils sont sur le terrain tous les jours, à l’écoute des clients, souvent dans des situations d’urgence. Ils doivent diagnostiquer, conseiller, rassurer et proposer des solutions justes. C’est un rôle clé, à l’interface entre le client et les couvreurs. Sans eux, il n’y a pas de chantier bien préparé, et sans chantier bien préparé, il n’y a pas de travail bien exécuté. Leur professionnalisme et leur connaissance du métier font clairement la différence."
Quel conseil donneriez-vous à un futur dirigeant de PME du BTP ?
"Bien s'entourer, c'est le numéro 1. J'ai remarqué qu'il y a des choses que je ne sais pas très bien faire, mais quand j'ai mis les bonnes personnes, on peut avancer très loin. Un dirigeant n'a pas toutes les qualités, loin de là, il en a peut-être très peu mais il a réussi à les faire briller. Et puis communiquer : parfois on fait des erreurs et il faut les dire, il ne faut pas prendre le salarié pour un idiot."
Avez-vous un rêve pour ED Ouest ?
"Aller au national peut-être, être le numéro 1 des entreprises de couverture en France. Je ne sais même pas si c'est un rêve parce que je n'aime pas me faire déborder non plus. Que ça continue comme ça, dans le bon sens."
Une anecdote qui en dit long
Une anecdote marquante ?
"On est intervenu chez des gens qui étaient en vacances et mes gars ont refait la toiture de la mauvaise maison ! On a fait une toiture gratuite et après on a refait 2 semaines plus tard l'autre toiture. Les gens ont eu une toiture gratuite, on ne pouvait pas leur faire payer. Ça arrive, on fait tous des erreurs, mais ça prouve notre bonne foi."
Une aventure née d'une rencontre fortuite
Comment devient-on dirigeant d'une entreprise de couverture à 22 ans ?
Hugo Marsollier, dirigeant d'ED Ouest : "J'ai fondé ED Ouest assez jeune, j'avais 22-23 ans. J'ai fait une école de commerce où je me suis arrêté à la licence. En fait, c'est mon associé qui est venu me chercher. C'est le beau-frère de mon meilleur ami. Au cours d'un repas, on a sympathisé et il m'a dit 'Viens bosser avec moi, on peut faire un truc ensemble'. Au début, je voulais monter une boîte dans le marketing, mais le défi me tentait. Je venais de revenir d'Australie, j'étais chez ma mère, je me suis dit j'ai rien à perdre. Allez, c'est parti !"
Que faisiez-vous en Australie ?
"J'ai fait une année de césure. J'ai ramassé des fruits comme beaucoup là-bas, j'ai rencontré des gens et j'ai aussi travaillé dans le bâtiment. J'étais manœuvre pour construire des maisons. Ça payait bien en Australie, j'ai beaucoup aimé. Les gens sont plus détendus, il y a moins de stress et en plus ça paye bien."
Quel est votre principal défi aujourd'hui ?
"C’est très complexe de recruter. Je crois que le métier de couvreur est l’un des plus difficiles à recruter aujourd’hui. Il y a de moins en moins de profils, une vraie pénurie. Les jeunes n’ont plus envie de faire ce métier. C’est dur parce que tu travailles dehors, il fait froid, il pleut, l’été il fait très chaud. Le plus gros enjeu, ce n’est pas de trouver des clients, c’est surtout d’avoir les personnes compétentes pour exécuter correctement le travail proposé sur le devis."
Comment attirez-vous et fidélisez-vous vos couvreurs ?
"On les paye très bien. Ils évoluent au sein de l’entreprise, ils ont des camions bien équipés et puissants. On met vraiment l’accent sur le confort de travail. Quand nous recrutons un couvreur, ses collègues ont souvent envie de le suivre. Les équipes travaillent à des horaires raisonnables et bénéficient d’une rémunération plus attractive que la moyenne du marché. Je les paye plus cher, mais en retour, j’ai des équipes plus compétentes, plus impliquées, avec très peu d’absentéisme et quasiment pas de service après-vente. À la fin de l’année, cet investissement est largement rentable."