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« 410 tonnes de CO2 économisés en réemployant une charpente métallique pour notre atelier »

Spécialité
Constructions à ossature bois
Ville
Gardanne (13)
Chiffre d'affaires
1 M€
Sommaire

Portrait

Nom
Anne Lozachmeur
Entreprise
LOWALL
Fonction
Présidente et co-fondatrice

En résumé

LOWALL : la start-up industrielle au service de la planète. De la charpente réemployée aux murs à ossature bois 100% français, plongez au cœur d'une unité de production nouvelle génération qui prouve que la décarbonation du bâtiment est déjà une réalité.

Des télécoms à la construction bois : un virage inattendu

Comment en êtes-vous arrivée à diriger une entreprise du BTP avec votre formation dans les télécoms ?

Je viens du secteur des télécoms avec une formation en management, système d'information et finances. J'ai travaillé toute la première partie de ma carrière dans ce secteur avant de mettre un pied dans l'énergie en tant que consultante en accompagnement à la maîtrise d'ouvrage. Dans ce cadre, j'ai été amenée à accompagner des entreprises du BTP sur leurs business models. En parallèle, mon époux, qui est directeur général et cofondateur comme moi, vient également des télécoms. Nous nous sommes rencontrés à l'école et avons tous deux fait cette première partie de carrière dans ce secteur. En 2014, il a eu l'opportunité de rejoindre la direction générale d'une start-up qui construisait des maisons passives.

Qu'est-ce qui a déclenché la création de LOWALL ?

En 2020, avec le Covid et un certain âge, nous avons réfléchi à ce que nous souhaitions pour notre vie active jusqu'à la retraite. Nous trouvions que nous étions assez complémentaires et est née l'idée de LOWALL, contraction de 'low wall' pour les murs préfabriqués et 'low carbone'. L'idée était d'apporter une petite goutte sur une échelle régionale sur la disponibilité de murs et façades en ossature bois. Nous avions déjà tous deux une expérience de l'entrepreneuriat, mais nous avons joint nos forces pour créer LOWALL.

Crédit photo ©Hervé Milliard

Une start-up industrielle dans la deuxième transformation du bois

Comment définiriez-vous LOWALL en quelques phrases ?

Nous sommes un acteur de la deuxième transformation du bois dans le secteur du bâtiment, au même titre que les charpentiers avec un code NAF identique. Par contre, nous n'avons pas la même activité. Nous sommes vraiment dédiés à la préfabrication de murs en ossature bois sur une ligne de production industrielle. En cela, nous sommes une petite unité de production ou une start-up industrielle.

Qui sont vos clients ?

Nous travaillons à 100% dans le B2B et nous nous inscrivons dans la chaîne de valeur de la construction. Nous adressons les maîtres d'ouvrage publics ou privés en travaillant avec les architectes et les maîtres d'œuvre, mais nos clients directs sont les entreprises de la construction. Nous avons deux cibles principales : les entreprises générales qui font de l'ossature bois, qu'elles viennent du béton et se transforment ou qu'elles soient déjà 100% maison bois. Nous adressons surtout celles qui construisent non pas uniquement des maisons individuelles, mais des bâtiments de quelques centaines à quelques milliers de mètres carrés et plusieurs étages en périphérie des centres urbains. L'autre volet de notre activité concerne les charpentiers régionaux. Ils sont naturellement consultés lorsqu'il y a des ouvrages avec un lot charpente et ont des techniques propres pour réaliser des charpentes. Ils peuvent faire des murs en ossature bois, mais nous avons plus de facilité à les produire et à leur fournir. Nous sommes un bon complément en termes de valeur ajoutée pour ces acteurs qui ont un grand savoir-faire sur les lots charpentes et l'exécution in situ.

©Hervé Milliard

Le réemploi : une bataille gagée mais un combat de tous les instants

Quels ont été vos principaux défis depuis la création ?

Le premier défi était de mettre en route cette unité de production dans un temps relativement court. Dans le secteur de la construction, il faut s'inscrire sur des temps plutôt longs en termes de pérennité. Nous y sommes arrivés, mais cela a été des moments difficiles, des moments de doute sur certains sujets, un challenge financier. Nous sommes encore au début de l'histoire. Nous avons eu la chance de nous faire accompagner par l'État, la Région et la Métropole. Nous sommes reconnus comme opération d'intérêt régional sur le secteur industrie parce que l'écosystème se rendait compte qu'il y avait une opportunité à développer le bois dans le BTP sur la région. Nous nous inscrivons dans une logique de filière.

Le réemploi semble avoir été un vrai challenge ?

Au départ, nous n'étions pas partis sur le réemploi. Mettre en place du réemploi a nécessité beaucoup plus de temps que prévu. L'équation financière n'est pas intéressante, elle n'est même pas du tout rentable. Mais nous ne regrettons pas de l'avoir fait. Nous avons repéré par une plateforme de réemploi, Raedificare, la disponibilité d'une charpente métallique sur un entrepôt à Marseille. Nous avons financé la dépose et la repose de cette charpente métallique. Plutôt que de sourcer l'équivalent avec une première transformation dans l'Est de l'Europe et transférer tout cela, nous sommes restés locaux. Cela a été audité : nous avons économisé l'équivalent de 410 tonnes d'émission de CO2.

Ce réemploi a nécessité de déposer un nouveau permis car le premier ne correspondait plus. Ensuite, il y a eu des sujets de caractérisation, de renforcement pour s'adapter au sismique. Le réemploi a été une vraie bataille, une vraie grosse bataille. Peut-être que nous avons été un peu trop ambitieux, mais il ne faut surtout pas le regretter parce que maintenant c'est fait et c'est un bel exemple que oui, c'est possible. Nous avons eu des sujets assurantiels liés au réemploi, beaucoup de recalculs à faire. Notre contractant général a eu des difficultés importantes et cela a fortement ralenti le chantier. Les cordonniers ne sont pas les mieux chaussés, mais comme nous sommes encore une entreprise jeune, notre plus grosse bataille a été de mettre en route l'unité de production contre vents et marées.

©Hervé Milliard

100% bois français : une filière à renforcer dans la région

Quel est votre engagement vis-à-vis de la filière bois ?

Depuis le début de nos chantiers, nous avons fait 100% de bois français. Nous sommes très engagés sur le bois français et sur le bois régional. Notre plus gros fournisseur est un acteur de la première transformation de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous travaillons beaucoup avec Fibois Sud sur le développement de la filière régionale. Le projet s'inscrit dans une écologie territoriale industrielle. Nous sommes basés à Gardanne sur un territoire en transition. Il y avait une centrale à charbon qui s'est arrêtée et se convertit en biomasse. Une petite partie de nos déchets peut aller sur la biomasse, mais il y a aussi un projet d'un acteur de première transformation, une scierie, qui devrait arriver à moyen terme.

Il y a 25 petites et moyennes scieries dans la région. Certaines pourraient nous accompagner sur certaines sections. Notre focus est sur l'optimisation des coûts parce que l'optimisation des coûts, c'est la compétitivité. Et la compétitivité de la filière bois dans son ensemble, c'est proposer des solutions alternatives au béton. Pour nous, c'est bien la compétitivité du bois par rapport au béton et la compétitivité du bois national par rapport à l'extranational.

Où en êtes-vous sur la réglementation environnementale ?

Nous sommes soumis aux FDES, les fiches de données environnementales et sanitaires, qui dépendent de ce que vous mettez dans les éléments de votre production. Nous nous sommes fait accompagner par un bureau d'études pour les prédéterminer, mais cela nécessite une phase d'audit avec un an de production. Nous l'aurons l'année prochaine. Nous allons faire valider nos FDES et pouvoir donner à nos clients, les maîtres d'ouvrage publics et privés, des éléments sur la mesure de l'intensité carbone de notre production. L'atelier que nous avons mis en place sera doté d'autoconsommation photovoltaïque et de géothermie.

©Hervé Milliard

Pilotage et organisation : l'entrepreneuriat comme école de la résilience

Comment vous répartissez-vous les rôles avec votre époux ?

Nous sommes trois associés, dont Jean-Marc Cluzeau, mais deux opérationnels. Mon époux et moi-même. Je suis présidente et j'ai un rôle administratif et de gestion globale. Mon époux est sur la partie commerce et développement, mais pas uniquement le développement commercial : le développement des solutions, l'innovation. Il a piloté la mise en route de l'unité de production. Maintenant, nous avons un responsable de production et une équipe, mais il est fortement sur la relation client. Je préfère dire relation client plutôt que commerce parce que dans le BTP, c'est très important.

Pourquoi la relation client est-elle si importante ?

Tous les chantiers ont une certaine complexité. Il faut être très proche de ses clients pour le suivi du terrain et de toutes les problématiques rencontrées. D'une manière générale, il faut être très réactif et très à l'écoute. C'est vraiment une histoire de relation, de confiance et d'engagement, et de capacité à servir les équipes terrain.

Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement dans votre métier ?

J'ai l'impression d'être sur les rails de la trajectoire que je pouvais espérer sur mon évolution professionnelle. Ce projet entrepreneurial résonne beaucoup avec mon engagement personnel. Ensuite, c'est la diversité des contacts, de travailler avec une équipe qu'on voit croître et se développer. Et puis la diversité des tâches. Dans les toutes petites entreprises, on est obligé d'être multifonction, polyvalent. On ne peut pas être que sur une activité et cela a un intérêt parce que cela apporte beaucoup de facettes qui sont toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Que ce soit les relations internes, externes, la gestion financière, le marketing, il faut chercher des solutions pour tout. Il faut apprendre beaucoup par soi-même mais aussi se faire aider quand on peut. C'est très riche. J'ai appris de ne pas hésiter à poser des questions, à s'ouvrir sur ses problèmes et on se rend compte que l'intelligence collective fonctionne assez bien.

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Innovation et circularité : vers des isolants réemployés

Quelle est votre raison d'être en tant qu'entreprise ?

Nous voulions être une société à impact positif. Nous nous sommes formés avec une société de conseil spécialisée et avons fait un travail d'équipe pour définir notre raison d'être : "Ensemble, décarbonons nos constructions". Elle consiste à contribuer à la régénération des écosystèmes et des territoires dans le cadre de bâtiments les plus sobres possibles et, si possible, faire appel à la circularité.

Comment travaillez-vous concrètement sur la circularité ?

Mon époux travaille sur le développement et l'innovation. Il est engagé depuis quelques années sur la possibilité de trouver des sources qui font appel au réemploi, notamment sur les isolants où il y a pas mal de gisements. Nos isolants sont principalement de la fibre de bois, mais plutôt que d'avoir de la fibre issue d'une transformation industrielle classique, nous cherchons à réutiliser de la fibre de bois qui a déjà subi une transformation. Il y a des gisements très importants chez IKEA ou chez les cuisinistes, par exemple. Nous cherchons des déchets propres que nous pourrions intégrer.

Nous travaillons sur ces sujets avec un partenaire qui s'appelle Lenoo, une entreprise belge qui s'est implantée en France pour promouvoir ces nouvelles solutions. Notre vision, c'est de continuer à coconstruire ou créer avec tous les acteurs qui sont dans les mêmes démarches, des produits qui soient les plus écologiques, sobres et bas carbone possibles pour proposer des solutions au secteur. Notre mission dans la chaîne de valeur, c'est d'industrialiser ces produits. C'est de sortir de l'artisanat et clairement de les proposer de manière industrielle.

Ambitions et conseils : tenir la barre avec rigueur

Où souhaiteriez-vous être dans 5 ans ?

Peu importe l'horizon, ce à quoi nous souhaitons aspirer, c'est déjà d'atteindre ces 20 000 mètres carrés de production annuelle puisque c'est notre capacité nominale. Est-ce que cela va prendre 2 ans ? 4 ans ? Honnêtement, je ne peux pas le dire. Cela dépend de la demande et de la dynamique du marché. Quand on est sur le secteur de la construction, on est sur des cycles d'un à trois ans. Notre premier objectif, c'est de faire tourner l'usine à sa capacité nominale. L'unité de production a été préconçue pour pouvoir s'étendre, donc ajouter une deuxième ligne de production en fonction de la demande et, si on rajoute du travail posté, nous avons une bonne capacité de production pour servir l'ensemble des acteurs régionaux.

De quoi êtes-vous fière aujourd'hui ?

D'avoir mis en route notre unité de production, que celle-ci fasse appel au réemploi pour la structure et qu'elle soit elle-même en bois. Nous sommes en train de construire aussi nos bureaux avec beaucoup de bois régional. Et puis nous commençons à avoir de beaux chantiers sur la région.

Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur qui se lance dans le BTP ?

Il faut faire preuve de ténacité, de résilience et d'une grande organisation. Il faut se faire aider pour la bonne organisation et la bonne gestion parce que ceux qui arrivent, ce sont ceux qui arrivent non seulement à exécuter les chantiers mais tout en ayant une bonne et saine gestion de leur entreprise. C'est peut-être là le challenge. J'ai la chance que nous soyons complémentaires avec mon mari, que nous soyons un duo et pas solo, et que nous ayons bien ces deux piliers. C'est un vrai travail d'équipe.

Un dernier mot pour vos équipes ?

Nous avons une équipe plutôt jeune, engagée, motivée qui, pour la plupart, nous a rejoint aussi pour la vision et les valeurs que nous souhaitons porter, la petite goutte que nous souhaitons apporter. Je veux rester modeste sur le sujet parce que c'est une microgoutte, mais toutes les gouttes comptent. Notre motto, c'est « ensemble décarbonons la construction ». C'est bien un travail d'équipe au pluriel, qu'elle soit celle des clients finaux, des partenaires avec lesquels nous construisons et de notre propre équipe.

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