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"Nous faisons partie des 3 désamianteurs français à travailler à l’international.”

Spécialité
Dépollution
Ville
Mareuil-lès-Meaux (77)
Chiffre d'affaires
10 M€
Sommaire

Portrait

Nom
Carine Rouvier & Julie Lesage
Entreprise
Europamiante
Fonction
PDG & Directrice technique

En résumé

Carine Rouvier et Julie Lesage forment un duo compémentaire à la tête d'Europamiante, l'une des rares entreprises de désamiantage françaises à intervenir à l'international. Entre une PDG issue de la restauration rapide et une directrice générale adjointe passionnée par la technique, elles racontent leur parcours atypique dans un secteur hautement réglementé, leur combat pour sortir d'un redressement judiciaire et leurs ambitions pour diversifier l'activité de l'entreprise.

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La création d'Europamiante : "Les clients nous couraient après"

Comment est née Europamiante ?

Carine : J'ai créé l'entreprise en 2008 après avoir passé ma certification de désamianteur. Quand je faisais de la rénovation pendant 3 ans, je courais après les clients. Dès qu'on a eu la certification amiante, au bout de 3 mois, ce sont les clients qui nous couraient après et ça ne s'est globalement jamais arrêté. C'était la première certification, c'est moi qui l'ai passée. Ce n'était pas du tout mon milieu, c'était un peu chaotique mais j'ai réussi à l'avoir. En 2008, on était à peu près une centaine à avoir la certification. En 2012, la loi a changé et il a fallu refaire la certification. Ça devenait un peu compliqué pour moi, trop technique. J'avais repéré Julie qui travaillait dans l'entreprise familiale et j'ai attendu tranquillement qu'elle ait fini pour voir si elle pouvait nous rejoindre.

Quelle est votre zone d'intervention ?

Julie : Nous n'avons pas de limite. Environ 80 % de nos chantiers sont en Île-de-France, puis nous intervenons sur toute la France et à l'étranger également. Depuis 2017, nous faisons de l'international. Nous avons commencé par des ambassades de France à l'étranger : le Pakistan, le Maroc, le Mexique. Ensuite, nous nous sommes diversifiés avec des lycées français. Nous avons aussi travaillé dans les DROM, en Polynésie, à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Pourquoi si peu de désamianteurs travaillent à l'international ?

Carine : Aujourd'hui, il y a environ 1200 désamianteurs en France. Il y en a une centaine de gros, mais nous ne sommes que trois à aller à l'étranger. Les contraintes en termes de réglementation, de transport international, d'organisation sont très fortes. Il faut avoir des équipes qui savent travailler de façon autonome. Nous avons réussi à réunir tout ça avec de vraies multicompétences en interne qui nous permettent d'aller à l'international.

Crédit photo : © Basile Crespin

La traversée du redressement judiciaire

Vous avez traversé une période difficile avec la Covid...

Carine : En 2020, le Covid nous a mis à genoux avec 2 mois d'arrêt. Nous avons pris un PGE. Pourtant, nous étions suréquipés, nous pensions pouvoir continuer à travailler, mais ce sont les chantiers qui se sont fermés. Ce n'est pas nos équipes qui refusaient d'y aller, ce sont les chantiers qui ne pouvaient pas nous accueillir. En 2022, nous avons déposé une demande de redressement judiciaire. En 2023, nous sommes sortis du redressement, prêts à en découdre. Aujourd'hui, ça fait 2 ans et demi que nous avons le redressement derrière nous.

Comment vivez-vous cette sortie du redressement aujourd'hui ?

Carine : C'est un peu compliqué car la conjoncture ne nous aide pas. Là où nous devions faire +3 % de chiffre d'affaires chaque année, nous ne les faisons pas. Nous sommes plutôt à +1 %. L'avenir n'est pas aussi radieux qu'on le voudrait, mais pour le moment, nous tenons la route et nous avons surtout une belle dynamique qui se met en place pour 2026. Je crois qu'on est en plein dans l'expression : ils ne savaient pas que c'était impossible, donc ils l'ont fait. J'ai découvert les taux de réussite des redressements après, pas avant, mais j'y suis allée quand même. Sortir du redressement et avoir pu conserver autant d'emplois, maintenir ce cap, c'est une vraie fierté.

Vos rôles au quotidien

Julie, quel est votre rôle au quotidien ?

Je m'occupe essentiellement de toute la partie exploitation. Ça commence à partir du moment où un devis est signé. Il y a toute l'étude technique avec un bureau d'études qui gère ça. Ensuite, toute la partie chantier : le planning, la logistique, car nous avons tout en interne. Nous avons notre dépôt avec un magasin, un stock de matériel consommable, des chauffeurs, des poids lourds. Nous faisons toute la livraison de chantier. Puis les équipes qui gèrent le chantier au quotidien. Nous avons trois conducteurs de travaux qui tournent sur l'ensemble des chantiers.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre quotidien ?

Julie : Il n'y a aucune journée qui ressemble à une autre journée. Quand je me lève le matin, j'ai une idée approximative de ce qui va se passer si j'ai des rendez-vous dans l'agenda. Mais ça représente seulement 30 % de la journée. Il y a 70 % de ma journée dont je ne sais pas de quoi elle sera constituée.

Et Carine, quel est votre rôle ?

Je fais beaucoup de commerce et je m'occupe des commerciaux, des chargés de projets qui étudient les devis. Je passe beaucoup de temps dans les réseaux. Je ne travaille pas tellement dans la boîte, mais pour la boîte. Je rencontre beaucoup de gens car nous cherchons des propriétaires de bâtiments, des prescripteurs. Le fait d'être une femme dans les réseaux et d'être désamianteur fait qu'on me repère en une seule fois. Je n'ai pas besoin de retourner 10 fois dans les réseaux pour qu'on sache qui je suis. Le fait d'être une femme, je m'en sers. Mon quotidien, c'est aussi m'occuper du management général. Nous sommes quatre dans le comité de direction dont trois femmes et un homme. Nous faisons des points réguliers tous les 15 jours. C'est moi qui fais les prévisionnels par exemple.

Crédit photo : © Basile Crespin

Être une femme dans le BTP

Julie, comment vivez-vous le fait d'être une femme dans le secteur du BTP ?

J'ai l'impression de faire partie d'une génération où les femmes se sont déjà beaucoup battues avant nous. J'ai rarement eu l'impression de ne pas être à ma place. J'ai toujours fait en sorte de prendre ma place. Oui, je me retrouve régulièrement dans des endroits où je suis la seule femme, mais je fais en sorte que ce ne soit absolument pas un problème. Je ne prends pas ça comme une faiblesse et je montre à tout le monde que j'ai des compétences pour être là. Jusqu'à présent, je n'ai jamais eu de souci particulier.

Les défis et ambitions pour l'avenir

Quels sont vos principaux défis aujourd'hui ?

Carine : Notre défi majeur, c'est reconstituer notre trésorerie. Même si nous sommes bénéficiaires, nous remboursons nos dettes d'après le redressement. Donc nous avons de l'argent qui part pour payer les dettes. Notre vrai challenge en ce moment, c'est de diversifier nos activités pour ne pas rester enfermés dans le désamiantage. Même s'il y a encore beaucoup d'amiante – un cabinet sérieux a estimé qu'en 30 ans on a désamianté 30 % de l'amiante – je pense qu'on a un vrai défi : trouver d'autres activités qu'on peut proposer à nos clients existants pour éviter de refaire de la prospection, tout en ne marchant pas sur les plates-bandes de nos partenaires comme les démolisseurs ou les couvreurs. Sinon, on perd une partie de nos partenaires. Il faut trouver la bonne place commerciale, puis l'appliquer sur l'opérationnel.

Avez-vous déjà des pistes de diversification ?

Carine : Nous sommes en train d'étudier la pose de fenêtres. Nous déposons des fenêtres dont les joints sont amiаntés et en général les poseurs sont des sous-traitants pris par le client. C'est souvent un vrai problème sur les chantiers, la coordination quand ce ne sont pas les mêmes équipes qui déposent et qui reposent. C'est un vrai sujet pour nous et pour les clients. Nous proposons ça cette année. Moi, je fais le commerce avec les commerciaux et Julie se propose de voir quelles sont les formations et les certifications nécessaires.

Quelle est votre vision à moyen terme ?

Carine : Mon objectif, si on arrive à sortir du plan de continuation, c'est qu'à 5 ans on puisse avoir au moins 50 % de notre chiffre d'affaires basé sur autre chose que le désamiantage. C'est vraiment un enjeu majeur. Il y a plein de contraintes : nos équipes sont bien payées, elles ont des CDI, ce sont de très bons techniciens. Pour les emmener sur une autre activité, il faut trouver l'activité qui convient en regardant les salaires. C'est un vrai enjeu à moyen et long terme.

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Innovation et outils numériques

Quelle place occupe l'innovation dans votre activité ?

Julie : Sur les chantiers, la robotisation représente une partie très infime et ça reste très cher aujourd'hui. Ce n'est pas quelque chose qu'on met en œuvre au quotidien. On étudie au cas par cas, mais ce n'est pas entré dans notre quotidien. Nos équipes ont une vraie appétence à l'innovation, mais chantier par chantier. Nous avons de vrais trouveurs de solutions chez nous. Nous avons d'ailleurs fait récemment une conférence-atelier sur l'innovation. Une quinzaine de personnes de l'entreprise ont suivi la conférence.

Carine : Et du côté de l'intelligence artificielle, nous avons proposé des conférences auxquelles 95 % des équipes support ont assisté. C'était plus de la sensibilisation à l'IA. Je ne voulais pas qu'on passe à côté et que les collaborateurs s'interdisent d'utiliser ChatGPT ou de penser à des solutions. Ici, on se sert facilement de ChatGPT. On s'en sert comme d'un assistant mais pas comme une béquille, parce qu'on a bien compris comment ça marche. J'ai quelques projets que j'ai mis en route pour former les nouveaux commerciaux. Je suis en train de tester avec eux, c'est plutôt pas mal.

Vous avez développé votre propre ERP ?

Carine : Ça fait 5 ans que nous avons un DSI en interne avec un développeur. Nous avons développé notre propre système ERP. Un logiciel très centralisé, très opérationnel et surtout très efficace. Nous avons des vrais tableaux de bord et un système numérique très pointu qui nous permet d'avoir une vision en temps réel. Chaque chantier a son tableau de bord de contrôle de gestion et à chaque fois que quelqu'un pointe, ça le met à jour. Quelqu'un achète quelque chose, ça le met à jour instantanément. Cet outil nous permet d'être très précis dans le suivi.

La culture d'entreprise et l'esprit d'équipe

En trois mots, comment résumeriez-vous l'esprit d'Europamiante ?

Julie & Carine : Dynamique, réactive et humaine. Il y a un esprit de coopération et d'entraide au sein de l'entreprise qui est très fort.

Conseils aux futurs entrepreneurs du BTP

Si vous aviez un conseil à donner à quelqu'un qui se lance dans le BTP ?

Carine : Être centré sur les clients. Dans le BTP, ils ont tendance à être centrés sur la technique et sur l'opérationnel et ils oublient qu'il y a des clients en face. Quand on voit le nombre d'artisans qui ne répondent pas au téléphone ou qui répondent quand ils ont le temps... Je venais de la restauration rapide où on disait le client d'abord. J'ai été élevée avec le client d'abord pendant 13 ans. Quand je suis arrivée dans le bâtiment, c'est loin d'être le client d'abord. Donc quand on m'appelle, même dans la pire galère, même si tout est arrêté, même si c'est le bordel, je continue de répondre au téléphone. Je pense qu'un des pas de réussite du BTP, c'est de rester disponible et d'avoir vraiment le client au cœur de la démarche. Il y a des très bons techniciens qui ne savent pas vendre et du coup, ça ne sert à rien. La technique, on trouve toujours des gens. Il y a plein de gens talentueux dans le BTP.

Julie, un conseil à ajouter ?

Retour à la source. Les gens ne lisent pas les notices, ils ne lisent pas les règlements. C'est un vrai sujet dans notre domaine. Si vous n'ouvrez pas un peu un bouquin, une notice, un CCTP, ça foire. Même sur les chantiers. Je me suis vue ramener du béton, m'asseoir et dire : bon, on va lire la notice. Dans le BTP, il ne faut pas que prendre sa truelle, il faut lire.

Un message pour les équipes

Si vous aviez un message à adresser à vos équipes ?

Julie : Clairement, c'est leur renouveler ma confiance et toute la fierté qu'elles peuvent nous apporter. Elles font un travail qui est très difficile. Ce n'est vraiment pas un travail facile et elles le font quelles que soient les situations, quelle que soit la météo, quelles que soient les contraintes globales. Quand je vais sur chantier régulièrement, je suis toujours admirative de ce qu'elles font.

Carine : Nous avons tous notre place dans la boîte, la même place égale. Il n'y a pas des gens qui ont plus de place que d'autres. Le fait que les gens bossent pour moi, c'est un vrai problème. Je voudrais qu'ils bossent pour eux-mêmes mais pas pour moi. L'idée, c'est de savoir que chacun bosse pour la réussite du projet commun. Je ne suis qu'une pièce du puzzle avec la même taille de pièce que les autres. Chacun complète le puzzle avec vraiment ses compétences. C'est ça qui est intéressant.

Crédit photo : © Basile Crespin

Des parcours atypiques vers le désamiantage

Carine, pouvez-vous nous raconter votre parcours jusqu'au désamiantage ?

J'ai une formation de comptable. J'ai toujours imaginé que la comptabilité permettait d'arriver à tout. J'ai travaillé chez McDonald's comme directrice administrative et financière pendant 13 ans. Après avoir fait largement le tour du poste, j'ai racheté en 2005 une entreprise de rénovation classique avec quatre personnes. Rapidement, j'ai réalisé qu'on ne vivait pas très bien à quatre plus un PDG qui n'est pas sur le chantier. Un jour, j'ai fait du désamiantage et c'est comme ça que je suis arrivée dans ce secteur. J'aime l'architecture, le bâtiment. J'aime l'idée de créer quelque chose, d'avoir une vraie réalité de terrain. Faire du carrelage, monter des parpaings, ça fait partie des choses qui sont physiquement satisfaisantes.

Julie, quel a été votre chemin jusqu'à Europamiante ?

J'ai fait des études de commerce. Je travaillais dans des commerces de proximité, plus dans un milieu familial. Carine m'a proposé de répondre aux appels d'offre dans sa société qui faisait déjà du désamiantage. C'est un poste que j'avais déjà occupé pendant mes études, donc j'ai accepté. En découvrant le milieu du désamiantage via les appels d'offre et le commerce, j'ai beaucoup apprécié la partie technique et réglementation. Je rêvais de faire des études de droit quand j'étais jeune, et c'est vraiment cette partie qui m'a plu. Je me suis spécialisée sur la technique. Je suis devenue responsable technique de l'entreprise. Ça fait maintenant 12 ans que je travaille chez Europamiante et j'ai occupé plusieurs postes : le commerce, responsable technique, la logistique, l'opérationnel et depuis quelques semaines directrice générale adjointe.

Un secteur hautement réglementé : l'épée de Damoclès de la certification

Pouvez-vous nous expliquer les contraintes réglementaires de votre secteur ?

Carine : Il faut bien comprendre l'épée de Damoclès que représente la certification. Nous sommes l'un des métiers les plus réglementés du BTP. La certification peut être retirée sur n'importe quel contrôle de n'importe quel chantier et ça arrête toute la boîte. C'est pour ça que le plus gros désamianteur français n'a que 250 salariés. Vous ne pouvez pas monter trop haut du fait qu'il y a de très grosses contraintes de qualité. Les enjeux en termes de qualité sont suffisamment forts pour qu'on ne puisse pas trop monter l'effectif.

Concrètement, à quoi ressemblent ces contraintes ?

Carine : Nos équipes sont multiformées. Elles ont toutes 4, 5, 6 formations, certains en ont au moins 15 à jour en permanence. Elles ont des choses très techniques, très pointues. Nous sommes extrêmement contrôlés. L'organisme certificateur vient de façon inopinée minimum deux fois par an et nous envoyons 100 % de nos dossiers avec les dates d'intervention à l'inspection du travail. Nous avons de nombreux contrôles de l'inspection du travail.

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