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"Si une entreprise de notre taille ne forme pas, qui va former ?"

Spécialité
Carreleur
Ville
Metz
Chiffre d'affaires
4 M€
Sommaire

Portrait

Nom
Joffrey Nasso
Entreprise
Nasso
Fonction
Dirigeant

En résumé

Reprendre l'entreprise familiale créée par son père en 1963, traverser un redressement judiciaire, se séparer d'un associé devant les tribunaux, et continuer à se développer : voici le parcours de Joffrey Nasso, 38 ans, dirigeant de Nasso. Spécialisée dans la céramique et la pierre naturelle, cette entreprise messine a su évoluer du carrelage traditionnel vers une offre complète incluant magasin, pose et atelier de façonnage. Rencontre avec un dirigeant qui fait de l'agilité son maître-mot.

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Quelle est la répartition de votre activité entre particuliers et professionnels ?

Nous avons considérablement augmenté la partie particuliers depuis le Covid. Quand la crise sanitaire est arrivée, tous nos grands chantiers ont été à l'arrêt. Les particuliers nous ont permis de poursuivre notre activité, ils étaient moins restrictifs que les grands chantiers. Aujourd'hui, le professionnel représente environ 60% de notre activité et le particulier 40%. Nous espérons encore augmenter la part du particulier.

Crédit photo : ©Mathieu Liberti

Des chantiers emblématiques qui marquent le territoire

Quels sont vos chantiers emblématiques ?

Actuellement, nous avons le garage Spoticar du côté de Thionville qui va démarrer, un projet important d'un peu plus de 1000 m². Parmi les chantiers emblématiques que nous avons réalisés, il y a la piscine Lothaire à Metz, une piscine olympique. Nous avons également réalisé le grand hôtel de Munster, un très bel établissement haut de gamme 4 étoiles. Autre réalisation marquante : la maternité de Sainte-Croix à Metz qui a été redessinée en 149 logements.

Ces projets sont très différents : piscine, hôtel, maternité, garage. Comment gérez-vous ces spécificités ?

Il existe effectivement des spécificités et nous avons des équipes adaptées. Si nous intervenons sur une salle de bain chez un client particulier, nous avons une approche différente. Sur les grands chantiers de logements comme les 149 logements évoqués, ce sont d'autres équipes. Quand nous travaillons sur une piscine, nous avons des techniciens spécialisés car nous gérons des pentes, des siphons, des contraintes spécifiques. Il y a un carreleur polyvalent et ensuite des carreleurs spécialisés selon leurs compétences dans nos équipes.

L'agilité face aux mutations du marché

Comment l'entreprise a-t-elle évolué depuis la création ?

Le marché du BTP en 60 ans a connu de fortes fluctuations. L'entreprise s'est rapidement développée. Nous sommes montés jusqu'à plus de 80 compagnons. Aujourd'hui, nous avons souhaité nous recentrer, être moins dispersés, donc nous avons réduit nos effectifs. Nous sommes une petite trentaine avec des sous-traitants qui interviennent pour tout ce qui est travaux de chape, sanitaire. Quand nous faisons des salles de bain clé en main, nous faisons parfois appel à des électriciens, des plâtriers. Nos effectifs évoluent selon les besoins et l'état du marché.

Crédit photo : ©Mathieu Liberti

Quelles sont les principales évolutions que vous avez vécues en tant que dirigeant ?

J'aime comparer l'entreprise à une Formule 1 : la pénétration dans le marché, l'agilité qu'elle doit avoir, le moindre frottement qui peut créer un incident majeur. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aujourd'hui les entreprises ne se dirigent plus du tout comme il y a 5, 10, 15 ou 30 ans. Qui peut affirmer aujourd'hui qu'il va diriger son entreprise comme il la dirige actuellement, même dans seulement 6 mois ? Le monde évolue très rapidement de manière globale et il faut pouvoir piloter son entreprise avec énormément d'agilité et de souplesse. Sans souplesse aujourd'hui, l'échec est assuré.

Pouvez-vous donner un exemple concret de cette évolution ?

Notre atelier de découpe et de façonnage existe depuis 2019. Au début de ma carrière, je n'imaginais pas avoir de grosses machines, faire de la marbrerie, des plans de travail de cuisine en céramique. Le marché du neuf est en déclin, le marché de la rénovation a connu une forte croissance. Nous réalisons énormément de salles de bain clé en main et l'atelier prend une place de plus en plus importante.

Petite anecdote : quand j'ai commencé, je ne pensais jamais que nous allions travailler avec des cuisinistes. Il y a encore moins de 10 ans, nous ne travaillions pas avec les paysagistes qui réalisent énormément d'aménagements extérieurs avec de la céramique. Ce sont des nouveaux marchés qui se sont développés au fil des années. L'année dernière, nous avons réalisé une vingtaine de plans de travail de cuisine. Début février, nous en avons déjà signé un peu plus de 50. Nous visons les 100 plans de travail de cuisine cette année.

La technologie au service de la performance

Comment la technologie a-t-elle transformé votre métier ?

Nous avons connu différentes évolutions. Sur le magasin, nous avons des logiciels 3D depuis 5 ans. Toutes les restitutions que nous faisons à nos clients se font sur logiciel 3D, ce qui leur permet de se projeter sur des salles de bain, des espaces de vie, des espaces extérieurs. Sur les chantiers, ce sont les outils digitaux qui ont tout changé : les applications, l'intelligence artificielle que nous mettons en place pour les restitutions.

Auparavant, sans smartphone, c'était compliqué. Aujourd'hui, les équipes réalisent quelques photos, les mettent sur l'application, et nous savons exactement où nous en sommes dans le chantier. Parfois, il y a des quiproquos avec les clients qui peuvent dire que le travail n'a pas été fait, et nous avons la photo qui prouve le contraire. Nous avons des balises GPS sur les véhicules, donc nous savons exactement à quelle heure ils arrivent, à quelle heure ils repartent. Il m'est déjà arrivé sur des chantiers d'avoir un client qui affirme que mes équipes ne sont pas là, je regarde sur mon application et je peux confirmer leur présence : ils sont géolocalisés sur le chantier, ils sont arrivés à 7h30 comme prévu.

Crédit photo : ©Mathieu Liberti

Qu'en est-il de l'atelier ?

C'est une véritable avancée technologique avec tous les investissements que nous avons réalisés depuis 2019 : des machines automatiques, des commandes numériques, des débiteuses. Nous disposons de produits de très haut niveau. Nous avons réalisé un peu plus d'un million d'euros d'investissement sur toute la machinerie. Nous utilisons des machines de pointe et automatisées où nous nous rapprochons du secteur de l'industrie.

Utilisez-vous également des logiciels de gestion ?

Oui, nous utilisons un ERP et un CRM. Nous sommes équipés sur ces points pour avoir un suivi précis, régulier et actualisé.

Surmonter les épreuves pour se renforcer

Quelles ont été vos principales difficultés ?

La plus grande difficulté remonte à il y a un peu moins de 2 ans : je me suis séparé d'un ancien associé. Cela a été très difficile, le conflit est allé jusqu'au tribunal, jusqu'au passage de la société par un redressement judiciaire. C'est une période sombre de l'entreprise, mais je n'ai jamais abandonné. Je me suis toujours battu. Je n'ai pas changé de cap. J'ai mis en place une stratégie pour nous relever et aujourd'hui, cela fait un peu plus d'un an et demi que cette période est derrière nous.

Nous avons pu dépasser nos limites parce que la situation était devenue intenable. Il n'y avait plus de communication, c'était le conflit ouvert. Cela a été un passage très difficile pour l'entreprise mais nous l'avons surmonté, nous nous sommes relevés et maintenant, cap sur l'avenir.

Comment gérez-vous les problématiques de recrutement ?

J'évoquais l'agilité et la souplesse : nous ne refusons pas les demandes, nous trouvons des solutions, nous nous adaptons. Nous nous interdisons de dire non, sauf pour protéger l'entreprise. Aujourd'hui, il y a des clients que nous refusons, mais pas par manque de main-d'œuvre. C'est parce que nous ne souhaitons pas travailler avec eux et que nos valeurs ne sont pas alignées.

Crédit photo : ©Mathieu Liberti

Quelles sont vos fiertés ?

Ce serait dommage de n'avoir que des échecs. J'ai énormément de fierté sur mes 15 années d'entrepreneuriat qui n'ont pas toujours été faciles, qui ont souvent été constituées d'échecs. Comme le disent les plus grands, dans la victoire on n'apprend pas grand-chose. C'est dans l'échec qu'on apprend le plus. J'ai appris à considérer l'échec différemment parce qu'il me garde toujours vigilant, attentif, il me fait toujours regarder ce qui se passe autour de moi.

Mes fiertés sont nombreuses : l'état dans lequel l'entreprise est aujourd'hui, comment nous rayonnons sur le marché local, la réputation que nous avons, cette volonté de progression constante avec les associés. Nous regardons toujours vers l'avenir, nous essayons toujours d'anticiper plusieurs coups d'avance sur notre marché. Notre atelier est une immense fierté. Notre magasin que nous avons rénové entièrement fin d'année dernière est une immense fierté. Des fiertés, il y en a quotidiennement. Quand les équipes réalisent du bon travail sur les chantiers, c'est remarquable.

Une vision ambitieuse pour Nasso

Quelle est votre vision à 2-5 ans ?

La vision est claire car nous l'avons définie avec les associés. Nous voulons développer la partie magasin : avoir plusieurs showrooms que ce soit en France ou au Luxembourg. Nous souhaitons vraiment nous développer sur la partie commerciale, c'est extrêmement important pour nous.

La partie chantier, nous souhaitons la stabiliser. Nous voulons continuer d'être l'acteur majeur que nous sommes dans la région sans nous disperser. Aujourd'hui, nous ne recherchons pas forcément le travail, nous en avons, nous maîtrisons notre activité. Nous voulons stabiliser cette activité.

Là où nous souhaitons vraiment devenir un acteur majeur, c'est sur toute la partie atelier, la création sur-mesure. Nous avons différentes catégories de clients qui sont très variées et sur ce segment, nous voulons accélérer. La vision, c'est consolider, continuer d'être présents et surtout développement commercial de la marque avec plusieurs magasins.

Comment définiriez-vous Nasso en quelques mots ?

Nasso, c'est la céramique de A à Z, ou à 360°, choisissez la formulation qui vous convient le mieux. Nos valeurs, c'est le goût du travail bien fait, la transmission du savoir-faire, l'exigence, l'évolution avec le métier et avec ce que le marché attend de nous. On ne travaille plus comme il y a 10, 15 ou 20 ans. Tout a changé.

Nasso a traversé les époques avec plus ou moins de difficultés. Je souhaite maintenant qu'elle les affronte avec beaucoup plus de légèreté, avec beaucoup plus de facilité. Le Titanic a manqué de souplesse quand il a heurté l'iceberg. Ce que je souhaite, c'est que nous ayons l'envergure du Titanic avec la souplesse d'un hors-bord, que nous soyons capables d'éviter tout ce que nous allons rencontrer à l'avenir.

Crédit photo : ©Mathieu Liberti

La transmission au cœur de la stratégie

Quelle place accordez-vous à la formation des jeunes ?

Actuellement, nous avons six apprentis. Nous sommes déjà montés jusqu'à plus de 10 apprentis. C'est extrêmement important pour nous car si une entreprise de notre taille ne forme pas, qui va former ? Pendant longtemps, la formation a été un sujet difficile dans l'entreprise parce que nous voulions des compagnons confirmés. Sauf que les années passent, le marché évolue et notre rôle c'est aussi la transmission, la formation de notre savoir-faire.

Nous avons accompagné depuis mon arrivée au moins une trentaine ou une quarantaine d'apprentis, ce qui est significatif. C'est notre mission : continuer à transmettre parce que nous sommes l'un des plus importants acteurs locaux de la région. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui veut créer ou reprendre une entreprise du BTP ?

Lancez-vous, mais préparez-vous à des nuits courtes ! Pendant longtemps, j'ai cherché la recette du succès, la formule pour faciliter les choses. Il n'y a pas fondamentalement de conseil à donner si ce n'est : travailler. Il faut travailler constamment, travailler énormément. Cette société est essentielle pour moi. Elle m'anime, elle m'habite et pour moi, c'est la clé.

Il faut être dans l'exécution, il faut agir. Dans le monde de la cuisine, il y a un chef qui disait "Le savoir-faire, c'est faire pour savoir." C'est ça le savoir-faire : faire pour savoir. Donc agir, être dans l'exécution, ne pas avoir peur de faire des erreurs. J'ai souvent rencontré des chefs d'entreprise qui disent "J'hésite à faire ça." Faites-le, vous verrez bien. Au pire, vous revenez en arrière et vous repartez dans l'autre sens. Mais vous ne saurez jamais si vous êtes toujours dans l'hésitation constante. Il ne faut surtout pas se poser mille questions. À chaque fois que je me suis posé mille questions, cela n'a pas donné grand-chose. J'ai agi, cela fonctionne très bien, on continue dans cette voie. Cela ne fonctionne pas, on revient en arrière et on essaie autre chose.

Un dernier mot pour vos équipes ?

Je les remercie infiniment. Le message est vraiment là car j'évoquais un moment très difficile que j'ai vécu il y a 2 ans et où j'ai été largement soutenu par toutes mes équipes. Cela m'a énormément touché parce que cela signifie qu'au-delà d'être un bon dirigeant, je suis reconnu humainement. Cela m'a fait énormément de bien et je pense que cela m'a aidé à tenir dans cette période.

Ce que je veux dire à mes équipes, c'est que tout ce que nous faisons, nous le faisons ensemble et nous le construisons en équipe. Un chef d'entreprise n'est un bon chef d'entreprise que quand il est bien entouré. Aujourd'hui, je pense que nous sommes très bien entourés, donc nous pouvons aller loin avec des équipes qui nous soutiennent, que nous soutenons. C'est tout cet écosystème qui fait qu'ensemble, nous allons pouvoir relever tous les défis.

Crédit photo : ©Mathieu Liberti

Du carrelage familial à l'entreprise à 360°

Comment êtes-vous arrivé dans le secteur du BTP et au sein de Nasso ?

Je suis dans le domaine du BTP depuis 2011. C'est une affaire familiale : mon père était carreleur et avait créé sa société de carrelage. Mon parcours est atypique, j'ai alterné entre la restauration et l'immobilier dans mes études. Mais ce que je voulais avant tout, c'était reprendre cette affaire familiale et poursuivre ce qu'avait créé mon père. Mon père a démarré très jeune en 1963. La société a porté différents noms au fil des années : Nasso Joseph, la Maison du Carrelage, Nasso Carrelage. Aujourd'hui, nous sommes présents dans le domaine depuis plus de 60 ans.

Comment définiriez-vous l'activité de Nasso aujourd'hui ?

Nasso se divise en trois pôles distincts. Nous avons le showroom destiné essentiellement à la clientèle particulière, mais également aux artisans et aux professionnels. Ensuite, il y a Nasso Projets où nous gérons les appels d'offres, essentiellement privés avec du gré à gré, mais aussi des appels d'offres publics. Enfin, nous avons l'atelier de découpe et de façonnage qui se destine aux professionnels et aux particuliers, donc plutôt en B2B2C. Nous travaillons essentiellement avec des cuisinistes et des magasins de carrelage et de matériaux.

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